L’espoir de détente politique et de liquidités porte les marchés

dimanche, 14.04.2019

Les principaux indices boursiers ont tous gagné plus de 10% au premier trimestre et presque effacé la déroute qui a précédé.

Franz Wenzel*

En ce qui con­cerne les marchés boursiers mondiaux, le premier trimestre a sans nul doute été singulier.
Les principaux indices boursiers ont tous gagné plus de 10%, effaçant ainsi presque totalement la déroute du dernier trimestre 2018. Ce constat est d’autant plus impressionnant que les données économiques au cours du premier trimestre n’ont pas du tout été positives. Dans le monde entier, les taux de croissance ont été revus nettement à la baisse et des signaux clairs de récession ont été détectés.
Ainsi, la courbe de rendement pour les obligations d’État étasuniennes (donc les rendements des obligations à dix ans moins les intérêts des obligations à deux ans) s’est aplanie à 15 points de base marginaux. Certes, il ne s’agit pas d’une preuve univoque d’une prochaine récession, mais cet élément ne saurait pour autant être négligé. Il en a été de même pour les rendements de ce côté-ci de l’Atlantique. Il y a une année, les obligations d’État allemands affichaient encore des rendements de quelque 50 à 60 points de base. Aujourd’hui, nous sommes revenus à 0%. Le tableau est le même pour les obligations de la Confédération, qui affichaient un rendement de 15 points de base au maximum. Aujourd’hui, les investisseurs sont à nouveau prêts à payer un taux de pénalisation de -40 points de base pour retrouver la sérénité.
Résultat revus à la baisse
Par ailleurs, les prévisions de résultats des entreprises ont été fortement revues à la baisse. Il y a un an, les taux de croissance des bénéfices pour 2019 étaient encore de 15% environ pour les USA et de 8% pour la zone euro. Il n’en reste désormais que 5% environ pour les USA et la zone euro, avec une tendance baissière. Parallèlement, la combinaison de gains à la baisse et de cours boursiers à la hausse a poussé l’évaluation vers le haut. Pas de quoi se réjouir sur le plan boursier, donc. Ce d’autant plus que la hausse actuelle est en premier lieu alimentée, à mon avis, par deux facteurs. En premier lieu, le revirement opéré par la Réserve fédérale étasunienne. Jusqu’à la mi-décembre 2018, il était entendu qu’elle allait à nouveau relever les taux du marché monétaire. Le «niveau neutre des taux», qui n’avait pas été défini plus précisément, n’était par conséquent pas encore atteint.
Fin décembre 2018, la Réserve fédérale a revu sa position. Son directeur, Jerome Powell, a alors expliqué que les données seraient «patiemment» examinées. En clair, plus de hausse des taux trimestrielle quasi-automatique. Depuis, la Réserve fédérale a précisé sa position et entamé un processus de normalisation de son bilan, volontiers appelé «quantitative tightening» (resserrement quantitatif). A partir de cet automne, le bilan de la banque ne devrait plus être resserré davantage. Les récentes déclarations de la BCE pourraient avoir des conséquences identiques. La faiblesse conjoncturelle actuelle, liée à un taux d’inflation toujours décevant, limite le rayon d’action des spécialistes en politique financière à Francfort. S’ajoute à cela le fait que le secteur financier, toujours hésitant, a besoin de nouvelles liquidités.
Au final, cela signifie simplement qu’une hausse des liquidités est espérée, et les banques centrales sont priées de s’exécuter – «croisons les doigts».
L’embellie boursière est en outre fondée sur l’espoir de voir les négociations en cours entre les USA et la Chine aboutir à un résultat positif et ainsi donner un nouveau souffle à la croissance de ces deux économies. Toutefois, le différend économique est latent depuis plusieurs mois déjà. Les espoirs ont été sans cesse déçus. Alors que les chefs d’État de ces deux pays envoient maintenant des messages plutôt positifs, les nouvelles des négociateurs en chef sont nettement plus réservées.
La faiblesse conjoncturelle actuelle force les partenaires en Chine et aux USA à agir, et les déclarations des deux chefs d’État semblent plutôt relever de l’optimisme forcé. Une solution rapide serait certainement avantageuse pour toutes les parties, y compris l’Europe. Espérons que les négociateurs y parviennent cette fois – «croisons les doigts». Après plus de dix années d’essor de l’économie américaine, il n’y a plus aucun doute quant au fait que le cycle conjoncturel se trouve dans une phase finale. Les investisseurs feraient bien d’adopter une attitude défensive pour leurs positions.

* Stratège en placements pour la clientèle institutionnelle, AXA Investment Managers






 
 

AGEFI



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