La Morning Note de Mirabaud Securities

mercredi, 13.09.2017

Les principaux indices américains ont fini sur de nouveaux records hier soir dans le sillage des valeurs bancaires redynamisées par un regain d’intérêt pour les actifs risqués. La Morning Note de Mirabaud Securities.

Le Nasdaq n’est qu’à 6 points de son record historique intraday.

Neuf des 11 grands indices sectoriels S&P 500 ont fini en progrès, avec en tête les télécoms, en hausse de 1,37%, tandis que les investisseurs ont tourné le dos aux services aux collectivités et au compartiment de l'immobilier, en baisse de respectivement 1,75% et 1,18%.

L'indice des valeurs financières s'est octroyé 1,21% et le sous-indice S&P 500 des banques 1,75%, profitant de la hausse des taux longs (passé de 2,05% en fin de semaine dernière à 2,17% hier soir). Goldman Sachs et JP Morgan Chase, composantes du Dow Jones, ont pris respectivement 2,21% et 1,23%, Goldman profitant en outre de l'annonce d'un plan de développement de cinq milliards de dollars.

Au niveau des valeurs individuelles, Apple, après avoir gagné jusqu'à 1% pendant la présentation du nouvel iPhone X au nouveau siège du groupe à Cupertino, a finalement perdu 0,40%. Les prises de bénéfices semblent expliquer le mouvement.

DowDuPont, le nouveau géant chimique né de la fusion entre Dow Chemical et DuPont, a pris 2,50% après l'annonce d'un changement de la répartition des activités au sein des trois pôles qu'il va créer.

En tête du S&P 500, le groupe Gap s'est adjugé 6,44% à 68,52 dollars après le relèvement des objectifs de cours des analystes de Jefferies et JPMorgan, à respectivement 39 et 30 dollars.

La plus forte baisse de l'indice a été pour McDonald's qui a perdu 3,22%, sa plus mauvaise séance depuis un an.

Dans une note citée par le site The Fly, la firme de recherche MScience dit attendre un chiffre d'affaires de 9,49 milliards de dollars au troisième trimestre pour le géant de la restauration rapide, bien en-deçà du consensus actuellement à 9,56 milliards.

L'indice dollar montait légèrement de 0,07% au moment de la clôture de Wall Street, avec notamment un gain de 0,68% contre le yen, mais l'euro restait ferme à 1,1964 dollar (+0,1%) et la livre sterling conservait un gain de 0,9%.

L'or, logiquement délaissé pour les actions, a touché en séance un plus bas depuis le 1er septembre à 1’322 dollars avant de remonter en fin de séance.

La volatilité a fini en-dessous de 11 hier soir aux Etats-Unis.

Enfin les cours du pétrole ont fini en hausse après le dernier rapport mensuel de l'Opep qui montre que l'accord d'encadrement de la production atténue le déséquilibre de l'offre et de la demande sur le marché.

Statistiques américaines

Il y avait hier une statistique économique importante voici ce que nous avons relevé.

Niveau historique des ouvertures de postes

D'après le Département américain au travail, les ouvertures de postes aux États-Unis pour le mois de juillet 2017 sont ressorties au nombre de 6,17 millions, contre 6,01 millions de consensus de place et 6,116 millions pour le mois de juin.

C’est un niveau historique jamais atteint pour cet indicateur. Lorsque l’on sait que c’est la statistique préférée de Janet Yellen, il y a de quoi se réjouir….

 

Les champions confirment

Les deux pays que nous privilégeons en zone euro (Allemagne et Espagne) ont toujours le vent en poupe. Pour preuve, leurs prévisions de croissance viennent d’être relevée.

Allemagne.-La fédération patronale allemande BDI a relevé sa prévision de croissance du pays pour 2017, en raison de la reprise économique mondiale qui devrait soutenir les exportations du pays. La BDI, qui s'attend à présent à une hausse du PIB de 1,8% cette année, contre une croissance de 1,5% dans sa précédente estimation. Ajusté des effets calendaires, cela correspond à un taux de croissance d'un peu plus de 2%, précise la BDI, qui évalue à près de 4% la hausse des exportations allemandes au premier semestre. Enfin, la fédération de l'industrie allemande dit prévoir une croissance similaire des exportations au second semestre, en raison notamment de la reprise économique mondiale.

Espagne.-L'Institut national de la statistique (INE) vient d’annoncer que la croissance économique de l'Espagne pour 2016 avait été revue en légère hausse à 3,3% contre 3,2% annoncés fin janvier, en raison d'exportations plus dynamiques que prévues. L'INE a également recalculé à la hausse la croissance du PIB en 2015, à 3,4%, contre 3,2% annoncés à l'époque. La demande interne a été moindre que ce qui avait été initialement estimé, en raison de dépenses des ménages un peu moins fortes. En revanche, la demande externe a été plus dynamique que prévu, avec des exportations en hausse de 4,8% (contre 4,4% estimés au départ), et une moindre progression des importations (+2,7% contre 3,3% estimés au départ). Le PIB 2016 a atteint la somme de 1’118 milliards d'euros, le quatrième plus important de la zone euro après l'Allemagne, la France et l'Italie. En 2017, le pays devrait profiter d'une quatrième année consécutive de croissance. La Banque d'Espagne et le FMI tablent sur une progression de 3,1% du PIB, contre 3% pour le gouvernement, grâce au dynamisme du tourisme, des exportations et de la consommation interne.

Chaque déclaration semble repousser l’échéance.-Un autre jour et une nouvelle ode à l’assouplissement quantitatif. Si nous vous indiquions hier que plusieurs membres de la Banque Centrale Européenne (BCE) n’étaient pas pressé de réduire les rachats d’actifs, c’est cette fois au tour du vice-président Vitor Constancio de confirmer la tendance.

Ce dernier a en effet affirmé que la BCE finirait par atteindre son objectif d'inflation si elle maintenait un degré d'assouplissement monétaire suffisant….

Vitor Constancio a cependant émis un doute concernant les taux d'intérêt négatifs qui, s’ils avaient dans l'ensemble bien fonctionné, devaient être surveillé attentivement.

Le problème actuel étant une nouvelle fois l’évolution des … salaires et des prix qui ne réagissent pas de façon habituelle à la vigueur de la croissance.

Une baisse de 20 milliards d’euros de rachats d’actifs mensuels à partir de janvier est-elle donc justifiée ? La question mérite d’être posée….

La mémoire courte, de nouveau

En 2012, j’avançais une théorie pour expliquer pourquoi certaines évolutions boursières avaient plus à faire avec la culture d’un pays qu’à des éléments fondamentaux (économiques, politiques, géopolitiques, …) : La théorie de la mémoire courte.

Après les récents remous politiques, géopolitiques et naturels (2 ouragans de suite aux Etats-Unis), il convient de revenir quelque peu sur les préceptes de cette théorie car elles expliquent pourquoi les indices boursiers américains ne baissent pas (pour l’instant).

Analyse et synthèse.

Analyse

La mémoire à court terme (MCT) désigne en psychologie le type de mémoire qui permet de retenir et de réutiliser une quantité limitée d’informations pendant un temps relativement court. Un grand nombre de recherches en psychologie cognitive ont cherché à déterminer les caractéristiques et le rôle de la mémoire à court terme dans la cognition.

Un examen de conscience

La vieille Europe

L’Europe est un continent où, comme en Asie, la mémoire du passé compte beaucoup. La civilisation y est basée sur la tradition. Cela fait de l’Europe une humanité qui n’est pas jeune. Du point de vue de la civilisation, c’est une force. Du point de vue économique, ce pourrait être une faiblesse.

André Siegfried donna en 1937 une explication à la vieillesse économique. C’était, pour lui, une marge diminuée des possibilités naturelles. C’est le fait d’un milieu où il y a plus d’hommes que de richesses encore vierges, susceptibles d’être mises en valeur. Cette position se mesure par la densité de la population au kilomètre carré en Europe.

Les jeunes Etats-Unis

Dans les années 30 toujours, Henry Wickham Steed avait lancé un sondage en demandant quels étaient les plus anciens souvenirs des Américains qu’il côtoyait journalièrement. Avec le sérieux que les Américains apportent toujours à ce genre d’enquête, la majeure partie répondit : le tarif Mc Kinley (remontant à 1890). Il avait donc fait le constat à l’époque que les Américains étaient des citoyens d’un pays civilisé qui ne regardaient pas à plus de trente ou quarante ans en arrière.

Si nous comparons avec la conscience de l’Européen, qui se souvient de l’empire romain et de la civilisation grecque, il faut bien avouer que le contraste est fort.

En allant encore plus loin, on pourrait donc parler de « découplage de la mémoire » entre Etats-Unis et Europe. Nous n’allons pas trop loin non plus en disant que les Etats-Unis représentent le continent des possibilités individuelles. Bien que le clivage entre riches et pauvres y soit de plus en plus grand, dans l’opinion publique, le pays offre toujours aujourd’hui des possibilités que l’Europe ne fournit pas.

La politique n’a pas de mémoire.-Les expériences de Peterson et Peterson en 1959 (ou le paradigme Brown-Peterson en 1958) sur la mémoire courte, nous apportent des informations supplémentaires sur ma théorie. En effet, ces expériences ont permis d’établir que la mémoire d’un individu ou d’une société est généralement peu performante.

Aujourd’hui, plus personne ne conteste le fait que la mémoire à court terme est bien distincte des processus de mémoire à long terme, que l’on apparente à un disque dur... Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette notion de mémoire courte peut s’appliquer à la politique américaine et plusieurs exemples récents sont en effet là pour le démontrer.

Les élections aux Etats-Unis

L’histoire récente des présidents américains nous apprend qu’un leader haït peut sans aucun problème effectuer 2 mandats. On songe à Georges W. Bush mais aussi à Barack Obama qui était largement dans le bas des sondages lors de son premier mi-mandat.

La guerre des changes

Le 22 septembre 1985, les gouvernements des cinq plus grandes économies capitalistes du monde décidèrent de dévaluer le dollar américain. 10 milliards de dollars furent ainsi dépensés pour un effet spectaculaire.

Vingt-sept ans plus tard, faisant preuve d’une mémoire courte évidente, les sénateurs américains ont adopté, en octobre 2011 une proposition de loi controversée qui autoriserait l’administration américaine à imposer des taxes compensatoires sur les produits importés de pays sous-évaluant leur monnaie, et notamment la Chine. Cette loi, pour être adoptée, doit passer le test de la Chambre des représentants, sous domination républicaine.

L’économie n’a pas de mémoire non-plus.-En matière d’économie, les Américains ont aussi la faculté de faire parler leur mémoire courte, ce qui est une force évidente lorsque l’on est confronté à des crises économiques majeures.

Réduction des cycles

Contrairement aux cycles de Kondratieff et aux vagues de Schumpeter qui oscillent entre 60 et 40 ans depuis 1960, les marchés boursiers américains ont eu tendance à évoluer selon des périodes beaucoup plus courtes de 4 ans (ce qui est souvent mis sur le compte des mandats des gouvernements américains ou des banques centrales).

Les bulles se digèrent

Selon la définition, les bulles financières résultent de phénomènes d’euphorie aux effets d’auto-alimentation qui gonflent les valeurs boursières dans un secteur particulier. Le phénomène des bulles résulte des anticipations faites par des spéculateurs qui, constatant une augmentation de valeur d’actions, spéculent en anticipant la croissance continue de cette valeur. Celle-ci devient surévaluée, lorsque son cours se stabilise, les phénomènes de spéculation disparaissent et le cours de la valeur s’effondre, la bulle a éclaté.

Les dernières bulles (1998-financière & 2001-internet & 2008-Subprime) ont été digérées par les marchés d’une manière qui a pu surprendre plus d’un investisseur, la hausse des indices américains étant là pour en témoigner.

Keep on winning.-En voulant toujours aller de l’avant pour faire repartir leur propre consommation et donc relancer leur croissance (la consommation des ménages américains représente 70% du PIB), les Etats-Unis se heurtent au problème de la dette.

Cependant, malgré une dette abyssale, des doutes persistants concernant la politique du gouvernement Trump et des catastrophes naturelles à répétition, la croissance américaine pourrait quand même montrer une vigueur étonnante cette année. C’est là tout le paradoxe des Etats-Unis. Cependant, ce phénomène, ou cet état de fait, commence à montrer ses limites.

En effet, dans les prochaines années nous devrions malheureusement buter sur le phénomène de la dette. Concrètement, la croissance aux Etats-Unis exige un niveau de dette de plus en plus élevé pour se maintenir.

Au-delà du découplage économique qu’il devrait y avoir cette année entre l’Europe et le reste de monde (phénomène que nous avons eu avec le Japon des années 1990), nous devrions aussi assister à un « découplage de la mémoire ».

En effet, au-delà des fondamentaux macro-économiques, une amélioration structurelle de l’économie américaine se matérialisant en cours d’année malgré des vents contraires ne devrait pas surprendre les investisseurs.

Cette embellie devrait fortement être marquée par l’utilisation de la mémoire courte, contrairement à ce qu’il se passe en Europe, toujours marquée pas « l’Histoire »….

Conclusion.-En découvrant naïvement qu’il ne fallait qu’un jour à Disney World en Floride pour rouvrir ses portes après le passage du plus puissant ouragan de ces 50 dernière années (si ce n’est plus), il n’est pas vraiment compliqué de voir les indices boursiers atteindre de nouveaux records. La mémoire courte ayant fait son « travail ». Le peuple américain devrait encore nous surprendre….

Anecdote intéressante

On s’est récemment posé la question à savoir quelle serait la valeur qui atteindrait la première la chiffre incroyable et astronomique des 1'000 milliards de dollars. En mai dernier nous indiquions que plusieurs candidats étaient susceptibles de toucher ce chiffre somme tout symbolique. Parmi ceux-ci, Apple et Microsoft, mais aussi Amazon, dont la valeur boursière avait été multipliée par plus de deux fois et demie en l’espace de deux ans.

C’est cependant un fond souverain qui va être le premier à « peser » plus de 1'000 milliards de dollars et battre le record de la démesure. Le fond souverain norvégien pour être plus précis.

Historique.-Créé en 1998 pour recueillir les revenus tirés de l'exploitation pétrolière et gazière afin d'en faire profiter les générations futures, ce fonds vaut désormais environ 2,5 fois plus que le produit intérieur brut de la Norvège, alors que les projections initiales portaient sur un pic à 1,3 fois le PIB au cours de la décennie 2020.

Fonctionnement.-Placé sous la tutelle de la banque centrale norvégienne, ce fonds investit l'intégralité de ses ressources dans des actions, des obligations et des placements immobiliers à l'étranger, avec des participations réparties dans un total de 77 pays. Quasiment deux tiers de ses actifs étaient des actions à la fin du deuxième trimestre, avec des parts dans environ 9’000 entreprises lui permettant de posséder 1,3% de la valeur globale des marchés actions dans le monde.

Son avenir.-Une nouvelle étude vient d’être lancée par le gouvernement de la Première ministre Erna Solberg sur la réorganisation du fond. Plusieurs questions se posent dont celle des nouvelles catégories d'actifs dans lesquelles il pourrait être autorisé à investir et celle d'une gestion du fonds indépendante de la banque centrale.

Conclusion.-Dynamiser par la hausse des bourses mondiales et de la vigueur de l'euro le fond souverain norvégien défie une nouvelle fois les lois du gigantisme. On se souvient cependant que la manne « de base » sont les revenus dérivés des matières premières, c’est-à-dire sujet à fluctuation….


 

 
 

 
 

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