La Morning Note de Mirabaud Securities

mercredi, 06.09.2017

Les principaux indices américains ont fini en large baisse hier soir après un long week-end de 3 jours. Le S&P 500 a tout de même réussi à conserver sa moyenne mobile des 50 jours. La Morning Note de Mirabaud Securities.

La baisse a été à mettre sur le compte de risques géopolitiques (Corée du Nord), politiques (risque sur le plafond de la dette) et naturels (l’arrivée de l’ouragan Irma mesuré comme étant le plus puissant jamais enregistré au-dessus de l’Atlantique et qui pourrait être le plus couteux de l’histoire).

Sept des 10 grands secteurs du S&P accusent un repli. Les financières ont été les plus attaquées, avec un indice en baisse de 2,20%, à la suite de déclarations accommodantes de responsables sur la politique de la Réserve fédérale américaine face à la faiblesse persistante de l'inflation.

La gouverneure de la Fed, Lael Brainard, a notamment déclaré que l'inflation était bien éloignée de l'objectif de 2% de la banque centrale américaine et que cette dernière devait faire preuve de prudence en matière de relèvement des taux.

Au niveau des sociétés Goldman Sachs a perdu 3,59% et pesé sur le Dow Jones, tandis que le S&P a été alourdi par les baisses de 2,39% de JPMorgan et de 3,24% de Bank of America.

United Technologies a abandonné 5,69%, plus net recul du Dow, après avoir conclu le rachat de l'équipementier aéronautique Rockwell Collins pour 30 milliards de dollars. L'action Rockwell Collins a pris 0,3%.

Du côté des hausses, Insmed a progressé de près de 120% à la suite de l'annonce de résultats positifs d'un essai clinique sur un traitement d'une maladie rare du poumon.

Le pétrole coté à New York a terminé en nette hausse hier soir, les investisseurs misant sur un regain de demande pour le brut américain au fur et à mesure que les raffineries fermées au passage de l'ouragan Harvey reprennent progressivement leur activité.

Sur le marché des changes, le dollar a perdu du terrain face à un panier de devises (-0,35%), affaibli à la fois par la Corée du Nord et par les déclarations de la Fed.

Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans s’est affiché à 2,07%, contre 2,139% vendredi soir, et celui des bons à 30 ans à 2,688%, contre 2,750%.

Finalement, au niveau de l’évolution des métaux, l’Or se rapproche des 1'350 dollars et l’Argent des 18 dollars.

Statistiques américaines

Il y avait hier plusieurs statistiques économiques importantes, voici ce que nous avons relevé.

Forte baisse des commandes industrielles

Les commandes à l'industrie ont subi en juillet leur baisse la plus marquée depuis près de trois ans mais les commandes de biens d'équipement ont été plus amples que ne les donnait une première estimation. En détail, la baisse des commandes industrielles a été de 3,3%, la plus forte depuis août 2014 en ligne avec le consensus. Elle a été particulièrement marquée dans les matériels de transport.

Les commandes de biens d'équipement civils hors aéronautique ont augmenté de 1,0% en juillet et non pas de 0,4% comme cela avait été publié en août. Ces commandes-ci avaient baissé de 0,1% en juin. Les livraisons de ce type de biens d'équipement, qui sert de base au calcul de la contribution de l'investissement productif des entreprises au PIB, ont augmenté de 1,2% (1,0% en première estimation). Les commandes de matériels de transport ont chuté de 19,2%, un recul sans précédent depuis août 2014, dans le sillage d'une dégringolade de 70,8% des commandes d'avions de ligne.

Enfin, les commandes de véhicules ont baissé de 0,9% en juillet après avoir stagné en juin. Cette production s'est tassée ces derniers mois, la baisse des ventes provoquant une hausse des stocks d'invendus.

L’ouragan Harvey pourrait cependant changer la donne à la vue du nombre de véhicules qui ont été abimés.

Les tensions géopolitiques influencent-elles les indices ?

La réponse à cette question peut sembler évidente, mais à la vue des récentes performances des indices, elle a le mérite d’être posée. En effet, les récentes tensions entre les Etats-Unis et la Chine, la Russie, le Mexique, le Canada, le Venezuela, Cuba et bien évidemment la Corée du Nord n’ont pas réellement affecté l’évolution du S&P 500. On se souvient par exemple que la correction des indices à laquelle nous avons assisté il y près de 2 semaines était exclusivement à mettre sur le compte d’un « sur-optimisme » des investisseurs.

Les analystes de la Deutsche Bank viennent de publier une très intéressante compilation historique qui nous apprend qu’il y a en fait un lien (logique) entre tensions géopolitiques et correction des marchés. Analyse et synthèse.

Une forte baisse.- Selon les calculs de la Deutsche Bank, depuis la deuxième guerre mondiale, le S&P 500 a toujours réagit négativement aux alentours d’évènements géopolitiques ou de problèmes politiques domestiques. À travers les 28 dates analysées, l’indice préféré des gérants a baissé fortement (-5.7%), a mis un certain temps à trouver son point bas (3 semaines), a bataillé longuement pour retrouver ses niveaux initiaux (3 semaines) et a fortement progressé ensuite (+6.5% après 3 mois et +13% après 12 mois).

Comparaison n’est pas raison, mais.-S’il est extrêmement difficile de comparer les évènements entre eux, il y a cependant une certaine logique qui se dégage de ce tableau.

En effet, combien de fois ne nous sommes pas demandés comment il était possible que les indices continuent leur progression alors que les plus proches collaborateurs Donald Trump quittent le gouvernement, que le plafond de la dette s’approche à grand pas et que les tensions avec la Corée du Nord et le Venezuela sont fortes.

Il y a effectivement un décalage entre la réalité des faits et l’anticipation des indices boursiers.

En fait, ce décalage est actuellement beaucoup plus important que par le passé.

Selon les statistiques historiques, depuis la deuxième guerre mondiale, la période que nous vivons actuellement est la 3ème plus calme jamais enregistrée. Cela fait en effet depuis maintenant 10 mois que le S&P 500 n’a pas corrigé de plus de 3%. Les plus longues « stagnations » ont été en 1993 et 1995.

Quelle est la situation actuelle ?.-L'indicateur de risque géopolitique (GPR n’hésitez pas à me demander l’étude) se situe à son plus haut niveau depuis l'invasion de l'Irak en 2003, s'inscrivant à 284 contre 455 à l'époque.

Pour mémoire, lors de la crise irakienne, le S&P 500 avait corrigé durant 7 séances (-5.3%) et il avait fallu 16 séances pour retrouver les niveaux initiaux.

Conclusion.-Si la crise nord-coréenne ne date pas d’hier comme nous l’avons rappelé à plusieurs reprises, la combinaison avec plusieurs évènements politiques d’envergures est assez rare.

Si on ajoute à cela les conséquences économiques de l’ouragan Harvey ainsi que potentiellement ceux d’Irma (qui pourrait être le plus grand ouragan à avoir jamais traversé la Floride), nous répétons ici que le mois de septembre (n’hésitez pas à me redemander mon calendrier) est l’un des plus risqué que nous ayons eu cette année.

Nous recommandons donc d’acheter des protections, sur le cours terme en tout cas.

La dette allemande à sec ?.-La Banque centrale européenne (BCE) aurait-elle de la difficulté à acheter mensuellement de la dette allemande ? On est en droit de se poser la question en étudiant les dernières statistiques de l’institution de Frankfurt. En effet, on apprend qu’elle a réduit en août ses achats de dette allemande à leur plus faible niveau depuis le début de sa politique de rachats d'actifs en mars 2015.

En détail, la BCE et la Bundesbank ont acheté en août pour seulement 9,803 milliards d'euros d'obligations publiques émises par l'Allemagne, soit 331 millions d'euros de moins que ne le prévoient les règles de l’assouplissement quantitatif (QE). Il s'agit du montant mensuel le plus faible depuis le lancement de ce programme.

A l'inverse, les rachats de dettes émises par la France et l'Italie ont été supérieurs de 1,3 milliard et 725 millions d'euros à leurs quotas respectifs. Au total, la BCE a acheté pour 42,8 milliards d'euros de titres publics en août, un mois difficile pour ce type d'opérations en raison de l'absence de nombreux investisseurs partis en vacances. Cela représente une baisse d'environ 9 milliards d'euros par rapport à juillet.

Rappelons que depuis des mois, la BCE achète moins de dettes allemandes et plus de dettes françaises et italienne qu'elle ne le devrait selon les quotas imposés. Comme nous l’avons récemment signalé, si la BCE ne devait pas réduire ses rachats d’actifs à partir de janvier 2018, elle pourrait faire face à un « assèchement » du marché sans précédent.

À moins qu’elle ne décide d’assouplir des règles qu‘elle s‘est elle-même fixée. Le programme d‘assouplissement quantitatif de la BCE, lancé en mars 2015, prévoit un certain nombre de règles encadrant ses achats à la fois pour limiter les distorsions de marché et la concentration des risques dans son bilan.

En plus de la limite de rendement, ces règles prévoient que la BCE n‘achète pas plus d‘un tiers de l‘encours de la dette d‘un pays ou d‘un emprunt donné. Elle ne peut par ailleurs acheter des obligations d‘un pays qu’à proportion de la contribution de ce pays à son capital, règle dite de la répartition du capital.

Aujourd’hui.- nous suivrons avec attention la balance des paiements (juillet), les ISM (août) et les Beige Book aux Etats-Unis ainsi que la réunion de la banque centrale canadienne.

Les indices européens devraient ouvrir à la baisse ce matin dans le sillage des indices américains et d’un stress récurant concernant la géopolitique (Corée du Nord), la politique (risque sur le plafond de la dette) et les risques naturels (l’arrivée de l’ouragan Irma mesuré comme étant le plus puissant jamais enregistré au-dessus de l’Atlantique et qui pourrait être le plus couteux de l’histoire).

Secteurs attendus en hausse à l’ouverture : Energie, Utilities

Secteurs attendus en baisse à l’ouverture : Finance, Telecom, Technologie


 

 
 

 
 

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