Une Fed plus conciliante face aux risques politiques

lundi, 17.12.2018

Les pressions inflationnistes restent suffisamment contenues pour que la politique monétaire s’adapte avec souplesse.

François-Xavier Chauchat*

Jerome Powell a dit ce qu’il fallait: contrairement à ce que certains analystes avaient cru comprendre, la Réserve Fédérale américaine ne s’est pas transformée en automate programmé pour une hausse des taux chaque trimestre jusqu’à ce que mort s’en suive.

Malgré le plein emploi et la normalisation graduelle de la hausse des salaires, les pressions inflationnistes restent suffisamment contenues pour que la politique monétaire s’adapte avec souplesse à des risques même modérés de ralentissement économique. La perte de dynamisme du cycle mondial, la baisse récente de Wall Street et la diminution progressive à venir du stimulus budgétaire sont autant de raisons, pour la Fed, de se montrer prudente.

Risque de basculement 

Cette mise au point est utile car elle permet d’augmenter les probabilités d’atterrissage en douceur de l’économie mondiale en 2019. Depuis plusieurs semaines, les instituts de prévisions ont en effet entamé un processus de révision à la baisse de la croissance 2019 et même 2020. Au lieu des 3,8/3,9% prévus, on se dirigerait vers 3,5%, voire 3,25% l’année prochaine. Outre les questions politiques – guerre commerciale, Brexit, Italie – une hausse trop forte des taux américains faisait partie des risques qui auraient pu transformer le ralentissement en récession. Ce risque de basculement est souvent illustré par la courbe des taux d’intérêt US, dont l’inversion précède en général les récessions de quelques mois. Moins la Fed monte ses taux, moins ce risque est élevé.

L’OCDE notait par ailleurs qu’une poursuite de la hausse des prix du pétrole aurait aussi pu augmenter dangereusement les risques de scénario catastrophe. Mais c’est l’inverse qui se produit depuis deux mois, avec une baisse de 30% du prix du baril. La crédibilité d’un scénario d’atterrissage en douceur n’en sort que renforcée. Pour les marchés actions, cela signifie qu’au moins à court terme un meilleur équilibre est en place: si les risques politiques diminuent, le potentiel de rebond du marché n’en sera que plus élevé. Inversement, en cas de déception politique, l’attitude bienveillante de la Fed et la distribution de pouvoir d’achat issue de la baisse du prix du baril permettront de mieux tenir.

Période de trouble?

De ce point de vue, les dernières évolutions sont mitigées. En Italie, le gouvernement semble prêt à présenter un budget plus en ligne avec l’esprit des lois de la zone euro, avec pour conséquence une baisse des taux souverains à 3,15% sur le 10 ans, contre 3,60% à la mi-novembre. Le 11 décembre, la chambre des Communes décidera du sort de l’accord entre Theresa May et l’Union Européenne sur les termes du Brexit. Le consensus table sur un rejet du texte suivi d’une nouvelle période de trouble, mais qui sait?

Enfin, le dîner entre Donald Trump et Xi Jinping au sommet du G20 aura accouché d’un cessez-le-feu, les Etats-Unis repoussant de 3 mois une hausse supplémentaire des droits de douane (de 10% à 25%) initialement prévue pour le 1er janvier. Nul doute que les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis vont se poursuivre, mais il semble tout de même que la baisse récente de Wall Street et les protestations de Corporate America (dont par exemple General Motors) contre le protectionnisme pèsent en faveur d’une position plus prudente de l’administration américaine.

*Chef économiste, Dorval AM






 
 

AGEFI



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