Quand la Fed donne tout ce qu’elle a!

lundi, 16.03.2020

Les politiques monétaires sont partout pratiquement à leur maximum de pouvoir d’intervention.

Julien Staehli*

Julien Staehli

La diffusion de la pandémie de covid-19 et ses retombées croissantes sur l’économie mondiale, avec notamment de plus en plus de pays européens décrétant la suspension des activités non essentielles, précipite tous les actifs à risque.  La décision de la Fed ce dimanche semble désespérée. Dans un mouvement d’urgence, le second en deux semaines, elle a coupé son taux d’intérêt directement de 1% pour porter sa fourchette d’intervention à 0-0.25%. Les politiques monétaires sont partout pratiquement à leur maximum de pouvoir d’intervention et au lieu de rassurer elles accroître la panique.

L’Italie et l’Espagne ont interdit les ventes à découvert de nombreux titres pour tenter, pour l’heure en vain, de freiner la chute des valeurs boursières. Sur le marché du crédit les écarts sont dignes de ceux observés en 2008 en pleine crise financière. Signe de stress intense et d’absence de liquidité sur les marchés, les tensions s’exacerbent aussi pour les obligations gouvernementales, avec une remontée des taux longs la semaine dernière. Les rendements des bons du Trésor américain à 30 ans ont notamment augmenté et le dix ans Italie est passé à 2%. Il n’y a tout simplement plus d’acheteurs. Les fonds immobiliers et l’or, qui avaient jusqu’ici bien résisté, se fissurent aussi. Le flux de nouvelles négatives engendre la fuite dans tous les segments de marché avec une course au cash, le vrai, signe de capitulation. 

Dans un effort pour soutenir l’économie, la Fed elle va acheter pour 700 milliards de dollars de bons du Trésor et aussi des titres hypothécaires. Plusieurs autres banques centrales ont aussi coupé leurs taux. Dans une action coordonnée elles s’engagent aussi à assurer la liquidité aux marchés de devises soumis à de fortes fluctuations. La réaction très négative des marchés boursiers témoigne des doutes croissants des investisseurs. Quand la Fed donne tout ce qu’elle a si ça ne fonctionne pas qu’est ce qui pourra alors soutenir le système? sans doute les gouvernements vont t’-ils devoir montrer plus coordination pour mettre en place rapidement des politiques budgétaires de soutien. 

En Suisse, le marché de l’immobilier indirect est le miroir de celle du marché obligataire. L’indice SWITT a perdu 11% depuis son top. La liquidité a disparu et de faibles montants de transaction, juste 200.000 francs sur la journée, peuvent entraîner des baisses de plus de 4%. La rapidité avec laquelle les primes ont fondu, certains petits fonds se négociant désormais avec un discount, témoigne que l’on se trouve dans une phase où les investisseurs veulent tout vendre. 

Dans ce contexte, nous estimons que les marchés financiers valorisent une large part de l’impact économique de la pandémie, qui devrait être transitoire. Mais comme le mode panique domine, il est encore tôt pour procéder à un renforcement de la part actions dans les portefeuilles.

Obligation à haut rendement

Les spreads de crédit se sont significativement élargis suite au stress observé sur les marchés. 

Le faible niveau des taux en vigueur depuis la crise financière de 2008 a permis un financement bon marché aux entreprises qui en ont profité pour emprunter à moindre coût. 

La forte demande des investisseurs à la recherche de rendement, qui ont jeté leur dévolu sur les obligations à haut rendement, a compressé ces spreads durant ces dernières années et l’absence de stress sur les marchés ont fait oublier à certains le risque sous-jacent des sociétés émettrices. 

La composante «action» inhérente aux obligations High Yield s’est donc rappelée à la mémoire des investisseurs lors des séances apocalyptiques de ces derniers jours. 

L’ETF iShares iBoxx High Yield (qui représente plus de USD 13 milliards d’actifs) a perdu près de 12% en l’espace de quelques séances. L’indice que suit cet ETF a de plus une composante pétrolière qui a souffert des actions prises par l’Arabie saoudite.

 

* Responsable de la gestion discrétionnaire de la Banque Bonhôte & Cie SA






 
 

AGEFI



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