La dette corporate émergente: un segment devenu incontournable

mardi, 26.03.2019

Les performances de la dette émergente d’entreprise et l’environnement de taux bas qui prévaut encore ne peuvent laisser indifférent les investisseurs.

Stéphane Mayor*

Stéphane Mayor

Lorsque l’on fait référence aux marchés émergents, il n’est pas rare de constater que ces derniers sont la plupart du temps analysés comme un seul bloc. Les performances du marché des actions et de celles du marchés de la dette tendent à être amalgamées. La réalité est toute autre et les sous-segments sont multiples. Ils possèdent chacun leurs propres caractéristiques.

Ainsi, dans le propos qui nous concerne, soit l’univers de la dette émergente, il convient de distinguer les différents segments. Les trois principaux qui se retrouvent dans les portefeuilles des investisseurs sont la dette souveraine, la dette d’entreprise et la dette en monnaie locale. Etant donné que la dette en monnaie locale obéit davantage à des considérations liées aux mouvements sur les devises, nous allons nous concentrer sur la partie en devise dure de la dette émergente. La dette souveraine et la dette d’entreprise ont évolué de manière fort différente au cours de ces vingt dernières années.

Trajectoires de croissance particulièrement disparates 

Avant 2001, la dette d’entreprise était quasiment  inexistante avec 20 milliards de dollars d’émissions en 2000. Un indice de référence calculé par JP Morgan a été initié en juin 2001. L’indice souverain, pour sa part, a été créé quelques années plus tôt, soit au début de l’année 1994.

Les trajectoires de croissance vont être particulièrement disparates entre les deux segments. L’année 2003 marque le début d’une dynamique de croissance impressionnante pour la dette d’entreprise. Dès cette date et jusqu’à ce jour, le volume d’émissions de dette d’entreprise a été supérieur à celui de la dette souveraine. Le volume d’émission croit quasiment chaque année pour connaître un montant record en 2017, avec 480 milliards de dollars de nouvelles émissions contre 175 pour la dette souveraine.

Cela s’explique par le fait que l’univers souverain n’a pas la même capacité de croissance. D’une part, le nombre de nouveau pays est limité et d’autre part, la «maturité» économique d’un pays provoque une diminution du volume d’émission de dettes. En effet, lorsqu’un pays atteint un certain stade de développement, les besoins de financement en devise dures diminuent. Une partie des besoins de financement se font alors en monnaie locale. En effet, le pays a franchi un palier s’il parvient à se financer en monnaie locale. Cela signifie que la base d’investisseurs locaux et internationaux est assez large et confiante pour investir en monnaie locale.

Couple rendement/risque attractif

Cette nouvelle maturité gagnée par la dette souveraine a laissé la porte ouverte à la dette d’entreprise pour se développer. En effet, il faut que les investisseurs aient  confiance dans la situation macro-économique d’un pays pour que les sociétés de ces pays puissent venir chercher le financement dont elles ont besoin sur le marché international. 

Les premiers secteurs à venir se financer sont généralement ceux de la finance ou des entreprises contrôlées par l’Etat. La proximité du souverain comme garant inspire la confiance. 

Dans une seconde phase, les entreprises d’une certaine envergure ont vite compris l’avantage dont elles pouvaient bénéficier à venir se financer sur le marché international du crédit. Les taux sont inférieurs à ceux pratiqués par les banques locales et il est possible d’emprunter sur de plus longues échéances. De plus, ces sociétés deviennent visibles sur la scène internationale et leur rayonnement augmente rapidement. 

Fort de ces éléments, on constate actuellement que de nouveaux secteurs font leur apparition de manière régulière sur le marché, ce qui continue d’élargir la classe d’actifs, trimestre après trimestre.

Il est à relever que des particularités subsistes: l’univers de la dette d’entreprise est plus diversifié que celui de la dette souveraine mais sa liquidité demeure plus faible. En effet, le montant d’émissions est inférieur à celui des souverains. Par ailleurs, la maturité moyenne est également plus courte. En effet, il est difficile pour une société de venir emprunter la première fois avec une longue échéance si elle ne possède pas une envergure internationale suffisante et si elle est porteuse d’une faible notation de crédit.

Les investisseurs ont eu besoin et ont encore besoin de temps pour se familiariser avec cette classe d’actifs pour qu’elle fasse partie intégrante des grilles d’allocations des portefeuilles gérés.

Toutefois, les performances présentées ces dernières années par la dette émergente d’entreprise ne peut laisser indifférent les investisseurs, et ce d’autant plus dans l’environnement de taux bas qui prévaut encore. Le couple «rendement/risque» est particulièrement attractif et le «total return» de la classe d’actifs, soutenu par des coupons élevés, se distingue la plupart du temps dans les comparaisons de performances des différentes classes obligataires.

Les caractéristiques de la dette émergente d’entreprise en font un segment incontournable dans l’univers riche et diversifié des placements en revenu fixe.

* Gérant obligations corporate émergentes, Edmond de Rothschild Asset Management






 
 

AGEFI



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