L’amélioration des fondamentaux soutient les obligations d’entreprise des pays émergents

mercredi, 26.06.2019

Les parts d’emprunt d’entreprises des pays émergents se sont appréciées depuis le début d’année. Les marchés se montrent désormais prudents.

Hannes Boller*

Après une effervescence des valorisations pendant les cinq premiers mois de l’année, où les obligations d’entreprise des pays émergents se sont appréciées en moyenne de plus de 7% (soit plus de 5% pour les investisseurs en euro déduction faite des couvertures de change), le marché se montre désormais un peu plus prudent. 

Ce qui n’est guère étonnant compte tenu de la dégradation du contexte macroéconomique: citons notamment l’inversion de la courbe des taux américaine, le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, dont l’issue est plus incertaine que jamais, ou encore la baisse des prix des matières premières, sensibles à la conjoncture, et des devises émergentes. Certes, ces conditions n’offrent aucun soutien à la classe d’actifs du crédit des pays émergents, mais les fondamentaux des entreprises se sont nettement améliorés. Une amélioration qui se reflète particulièrement au niveau de l’endettement net et des réserves de liquidités. Jusqu’à présent, la situation financière des entreprises des pays émergents était déjà très bonne, avec un endettement moyen inférieur à celui de leurs homologues des pays développés.

Les ratios de dette ont diminué

L’année dernière, ces ratios ont continué de baisser. Le ratio de dette des entreprises américaines s’est maintenu à un niveau élevé, tandis que celui des entreprises des marchés émergents s’est inscrit en net retrait. Fin 2018, le rapport entre la dette nette et l’Ebitda des entreprises émergentes s’établissait à seulement 1,5, ce qui correspond non seulement à une baisse de 0,6 par rapport à l’année précédente, mais aussi à un niveau inférieur à celui des entreprises américaines (1,5 contre 2,5). 

D’un point de vue d’investisseur, la diminution du ratio de dette des entreprises dans tous les grands pays émergents (à l’exception de l’Inde) est un élément très positif. La robustesse des entreprises émergentes est illustrée par leur capacité bénéficiaire, en hausse dans tous les secteurs à l’exception des services aux collectivités. En conséquence, les obligations de ces entreprises de grande qualité devraient mieux supporter les replis généraux du marché. 

Malgré ces fondamentaux avantageux, les obligations Investment Grade des marchés émergents sont assorties d’une prime de risque attractive de 187 points de base, soit près de 2 %. En comparaison, le spread des obligations d’entreprise européennes est seulement de 121 points de base (au 17 juin 2019), pour un niveau de rendement nettement plus faible que celui des obligations américaines.

Titres défensifs intéressants

Il paraît évident de sous-pondérer les titres technologiques en raison de la guerre commerciale, en particulier ceux des émetteurs de Chine et d’autres pays asiatiques dans lesquels s’approvisionnent les fabricants chinois. Il en va de même pour les secteurs des métaux et de l’industrie minière, ainsi que de l’énergie, qui sont affaiblis par la baisse des prix des métaux et du pétrole. Il convient au contraire de privilégier des titres défensifs issus des secteurs de la consommation de base, de la finance et des services aux collectivité 

D’un point de vue géographique, la Turquie est actuellement à bannir: ce marché comporte des opportunités parmi ses obligations d’entreprise, mais souffre d’immenses difficultés (notamment l’amenuisement de ses réserves de change, sa grande dépendance envers les capitaux étrangers, sa vulnérabilité à la volatilité de sa devise et ses incertitudes politiques) qui justifient un positionnement défensif.

D’une manière générale, grâce à leur meilleur profil de rendement/risque, les obligations d’entreprise des marchés émergents demeurent une composante à long terme plus importante que leurs homologues européennes et américaines au sein d’un portefeuille. 

Les investisseurs ne doivent pas perdre de vue cet aspect malgré la perception du risque souvent changeante de nombreux intervenants de marché.

*Gérant de portefeuille senior, Fisch Asset Management






 
 

AGEFI



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