Les opposants aux initiatives agricoles entrent dans la danse

mardi, 14.08.2018

Les opposants aux initiatives agricoles, soumises au vote le 23 septembre, ont présenté leurs arguments ce mardi.

Le conseiller national UDC Christian Imark (à gauche) et le directeur de GastroSuisse Daniel Borner lors du lancement de la campagne des opposants ce mardi à Berne. (keystone)

Augmentation des prix des denrées, réduction du choix des consommateurs ou encore fermeture du marché: les opposants aux initiatives alimentaires ont égrené mardi les travers, selon eux, des deux textes soumis au vote le 23 septembre.

"Les initiatives agricoles demandent que l'Etat durcisse les exigences sociales et écologiques concernant la production et la vente de denrées alimentaires", rapporte le conseiller national (UDC/SO) Christian Imark lors du lancement de la campagne des opposants à Berne.

Or, "des normes plus élevées vont de pair avec des contrôles plus nombreux". Et cela aussi bien sur sol helvétique qu'à l'étranger, car "seules les denrées alimentaires qui se plient aux exigences des initiants (pourront être) vendues en Suisse", poursuit le Soleurois.

Les consommateurs verront donc non seulement augmenter le prix de leur panier d'achat, désormais constitué de produits plus écologiques, mais ils devront aussi payer via leurs impôts des contrôles de qualité accrus, assure le député. Sensibles à leur portefeuille, ils s'empresseront alors d'aller faire leurs emplettes chez nos voisins, avance-t-il encore.

"Diktat alimentaire"

Une possibilité qui inquiète le directeur de GastroSuisse Daniel Borner. L'augmentation du tourisme d'achat aurait des "conséquences catastrophiques" pour le milieu de la gastronomie, l'hôtellerie et le commerce de détail.

Les secteurs hôteliers et du tourisme font depuis longtemps face à un recul de fréquentation, souligne Daniel Borner. Les initiatives agricoles, qu'il qualifie de "diktat alimentaire", ne feraient qu'éroder un peu plus leur compétitivité en leur imposant des prix plus élevés et un choix réduit de produits.

Risque de protectionnisme

L'application des initiatives entraînerait en effet une diminution de l'offre, précise la présidente de l'association alémanique des consommateurs Babette Sigg Frank. Soulignant que le marché suisse est trop petit pour que les producteurs étrangers bouleversent leurs méthodes de production, elle assure que "les produits étrangers et spécialités exportés en petits volumes vers la Suisse disparaîtront des magasins, étouffés par un monstre bureaucratique".

Babette Sigg Frank reproche en outre aux deux initiatives, souvent indifférenciées dans les discours des opposants, de vouloir mettre le consommateur sous tutelle. "Les Verts tentent en fait de nous imposer sournoisement leur vision d'une alimentation 'correcte', autrement dit, végétarienne".

Selon les opposants, les initiatives agricoles iraient par ailleurs à l'encontre de plusieurs accords internationaux, notamment ceux avec l'OMC ou l'Union douanière européenne. "En cas de différend international, la Suisse aura bien du mal à se défendre contre les soupçons de protectionnisme qui pèsent sur elle", estime la conseillère nationale Rosmarie Quadranti (PBD/ZH).

Soutien de la population

Le comité interpartis d'opposition réunit le PLR, l'UDC, le PDC, le PBD, ainsi que des associations économiques et de consommateurs. Si elles s'attirent les foudres de nombreux politiciens, les initiatives agricoles recueillent en revanche le soutien de la population. Selon un sondage Tamedia réalisé la semaine passée, plus de 60% des votants leur sont favorables.

L'initiative des Verts pour des aliments équitables veut encourager une agriculture durable et des conditions de travail équitables. Elle revendique des exigences accrues pour les produits importés, encourage la commercialisation de produits régionaux et dénonce le gaspillage alimentaire.

Avec son initiative pour une souveraineté alimentaire, l'organisation paysanne Uniterre va un peu plus loin. Son texte exige une agriculture écologique et diversifiée. Quant aux produits importés non conformes, ils devraient être soumis à des taxes douanières plus sévères, voire être interdits. (awp)






 
 

AGEFI



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