Les obstacles bureaucratiques à la digitalisation

lundi, 09.09.2019

Patrick Joset*

Patrick Joset

J’ai écrit cette chronique le mardi 3 septembre. Le jour de la «Journée du digital». Au programme de ce grand raout médiatique, de nombreuses activités pour tous et sous toutes les formes. Avec pour objectif de «faire de la numérisation une expérience tangible pour le public suisse, de mener un débat approfondi sur le sujet et d’en présenter les défis et opportunités». L’initiative est louable… et elle incite à une belle mise en abyme de certaines des incongruités qui subsistent dans notre nouveau monde digital!

Une dépêche du Teletext** de ce matin cite la déclaration de Ueli Maurer lors de la Conférence nationale Suisse numérique le 2 septembre à Bâle, en ouverture de la Journée du digital: «La Suisse est bien engagée dans un processus de développement dynamique. Mais si notre pays veut jouer un rôle majeur, il doit y consacrer plus d’efforts et de ressources. Et aussi éliminer les obstacles bureaucratiques (…)».

Sur le podium des «obstacles bureaucratiques», on peut sans hésiter placer la nécessité de la forme écrite pour de nombreuses lois et ordonnances. Notamment celles concernant les registres du commerce de la plupart des cantons. Les entreprises sont incitées à numériser à tour de bras – pardon, de scanner – mais la loi exige qu’ils impriment ou fournissent une preuve physique… Cherchez l’erreur!

Autre chicanerie administrative, la réglementation actuelle de la loi sur le travail. Les modalités de la durée maximale de la semaine de labeur, de la pause de midi, du temps de repos obligatoire ou encore de saisie du temps de travail paraissent bien désuètes à l’ère du digital. Il me revient en mémoire la tête du préposé au contrôle lorsque nous lui avons concédé qu’aucun collaborateur ne timbrait dans notre jeune société informatique. Nous avons ensuite dû procéder à une fastidieuse révision de nos processus et outils internes…

Le plus drôle? Ces contrariétés administratives sont décrites dans un rapport daté de 2018 commandé par le Conseil fédéral. Ce rapport présente les résultats d’une enquête intitulée «Test de compatibilité numérique». En clair: l’examen factuel des obstacles que la réglementation pose à la numérisation.

L’instauration d’une identité électronique largement acceptée pour identifier les personnes est un autre sujet unanimement cité par les participants à l’enquête. SuisseID, SwissID: sa mise en application s’avère pourtant bien fastidieuse.

La question politique de la sécurité des données est également jugée cruciale pour de nombreuses branches et entreprises. Mais alors, quid de la révision en cours de la législation suisse sur la protection des données, la fameuse LPD? Nos administrations publiques ont encore beaucoup de pain sur la planche!

* Groupe ABISSA

** J’utilise quotidiennement cet excellent canal d’informations. Il permet en quelques lignes de se tenir au courant des principaux événements du jour. Sans esbroufe, sans pub et surtout accessible à chaque instant via le prolongement du cerveau qu’est devenu notre smartphone!

 

 






 
 

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