Les actifs risqués au bénéfice d’un sursis précaire

lundi, 09.09.2019

Les obligations sont fragilisées par un regain de confiance qui pourrait se révéler éphémère.

François Christen*

Plusieurs développements ont conduit les investisseurs à retrouver de l’appétit pour les actifs risqués, au détriment des valeurs-refuge qui ont cédé un peu de terrain au cours de la semaine passée. Ce changement de régime, de «risk off» à «risk on», résulte de plusieurs nouvelles qui ont permis, tant bien que mal, de surmonter la zone de fortes turbulences traversées durant le mois d’août.

L’actualité géopolitique était généralement rassurante. Au Royaume-Uni, la perspective d’un «Brexit» chaotique, sans accord, est remise en question par la contre-offensive du parlement qui a infligé une lourde défaite à Boris Johnson en raison de la dissension d’une vingtaine de rebelles parmi les conservateurs. En Italie, le Mouvement 5 Etoiles est parvenu à constituer un gouvernement de coalition avec les démocrates, de centre-gauche. A Hong Kong, le retrait du projet de loi controversé qui a provoqué des semaines de manifestation permet d’entrevoir un apaisement pacifique des tensions avec Pékin. Enfin, la énième reprise du dialogue, à un «niveau élevé», entre la Chine et les USA interrompt l’inquiétant cercle vicieux qui s’est développé à partir du printemps, quand Donald Trump a annoncé un relèvement et une extension des taxes à l’importation.

L’actualité conjoncturelle a aussi contribué à rétablir la confiance sur les marchés financiers. La robustesse de l’embauche aux USA (130.000 postes créés en août, après 159.000 en juillet) et le taux de chômage inchangé à 3.7% sont loin de mettre en évidence un ralentissement sévère de l’économie. Le redressement de l’indice ISM consacré aux secteurs non manufacturiers (de 53.7 en juillet à 56.4 en août) a aussi rassuré, en contrebalançant la chute de l’indice manufacturier (de 51.2 à 49.1) qui semble traduire une récession sectorielle. Le timide rebond des PMIs en Chine et en Europe atténue aussi les craintes de récession.

Rassurantes, ces nouvelles ne remettent pas en question les perspectives d’assouplissement monétaire qui se profilent le 18 septembre, mais elles tendent à justifier l’approche graduelle privilégiée par la Fed et réaffirmée par Jerome Powell dans un discours tenu vendredi passé. Le FOMC s’apprête donc à réduire le taux des «Fed funds» entre 1.75% et 2%, sans trop s’engager quant à la suite du programme. De fait, la fermeté de l’économie américaine durant l’été pourrait se révéler temporaire. L’horizon conjoncturel demeure assombri et il est prématuré de célébrer une normalisation des relations commerciales entre la Chine et les USA. Si les symptômes de faiblesse conjoncturelle sont encore rares, les risques de récession ne sont pas négligeables à l’horizon 2020-21.

Dans un contexte propice aux valeurs cycliques, les emprunts du Trésor ont fléchi: le rendement du «T-Note» à dix ans s’est redressé de 12 points de base, à 1.62%. Le rendement du «Long Bond» à 30 ans est repassé au-dessus de 2.1 %. Les emprunts d’entreprises de catégorie «Investment Grade» n’ont pas été épargnés par cette correction, alors que le segment «High Yield» s’est repris à la faveur d’une baisse marquée des primes de risque.

En Europe, on observe un léger redressement de l’ensemble de la structure des taux d’intérêt en euros alors que les gouverneurs de la BCE s’apprêtent à tenir une réunion qui devrait se solder par l’annonce de nouvelles mesures de relance. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans est passé de -0.7% à -0.58%, un niveau loin d’être alléchant... mais acceptable compte tenu du contexte et de l’inefficacité des efforts de la BCE pour raviver l’inflation.

Les indicateurs publiés la semaine passée traduisent une stabilisation précaire de la conjoncture dans la zone euro. Le redressement timide des PMIs observé en août (47 après 46.5 du côté manufacturier; 53.5 après 53.2 du côté des services) demande toutefois à être confirmer. Le recul sévère des commandes adressées à l’industrie allemande en juillet n’incite toutefois guère à l’optimisme en dépit du frémissement des derniers PMIs.

Au Royaume-Uni, le risque d’assister à une sortie de l’UE sans accord a diminué suite au sursaut du parlement qui a voté, avec le soutien d’une vingtaine de dissidents Tories, une loi contraignant Boris Johnson à trouver un accord avec l’UE ou à solliciter un nouveau délai avant la séparation.  Le problème du «Brexit» reste toutefois irrésolu alors que les Britanniques semblent s’acheminer vers des nouvelles élections pour sortir de l’impasse actuelle.

Le marché des capitaux en francs suisses s’est conformé à la tendance «baissière» affectant les valeurs-refuge. Le rendement de la «Confédération» à dix ans est ainsi repassé en-dessus de -1%, pour s’établir près de -0.9 %, alors que les chiffres détaillés de la croissance du PIB au (0.3% au T2, 0.2% en glissement annuel, dépenses d’investissement et exportations en recul) montrent que l’économie helvétique n’est pas épargnée par le refroidissement qui frappe le commerce mondial.

* Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




...