Une société brûlant du cash peut-elle emprunter avec facilité?

samedi, 04.05.2019

Les obligations émises par Netflix reflète une estimation de la valeur future du groupe avec une prime en plus.

Catherine Reichlin*

Netflix, qui prévoit d’investir 3,5 milliards de dollars de cash en 2019, est parvenu à emprunter sans aucun problème. Tout comme le prix des actions reflète une estimation de la valeur future d’une société (plus une prime), les obligations émises par Netflix s’inscrivent dans cette même ligne.

Deux nouvelles tranches en dollars et en euros

Au-delà de la probabilité de remboursement et de la prime offerte, c’est parce qu’ils croient au modèle d’affaires de Netflix que les investisseurs ont massivement souscrit dans ses nouvelles obligations. Aux 10 milliards de dollars de dette obligataire existante, Netflix comptait ajouter deux nouvelles tranches en dollars et en euros. Avec des carnets d’ordres atteignant 6 milliards de dollars, le géant du divertissement a non seulement augmenté son émission à 2,24 milliards de dollars mais a aussi resserré les conditions des deux tranches de maturité 10.5 années (900 millions et 1,2 milliards de dollars).
Les premiers «chuchotements» à propos de l’emprunt en dollar évoquaient un rendement de 5,625%. Les conditions initialement proposées étaient de 5,5% pour un niveau final de 5,375%.
Signe de succès, l’emprunt émis le 24 avril à 100% s’offrait à 102.875% le 3 mai. Si Netflix s’attend à consommer du cash encore cette année, elle reste confiante sur sa capacité à investir dans le contenu plutôt que de l’acheter à des tiers et ainsi croître et se solidifier. L’effort d’investissement est temporaire.
Lors de la publication des résultats trimestriels, M. Hastings, CEO de Netflix, a même fait un appel du pied aux investisseurs obligataires, en les incitant à acheter «tôt plutôt que tard» de la dette puisque sa société regarde déjà comment réduire ses emprunts à l’avenir. M. Neumann, CFO, va dans la même direction: «nous n’utiliserons pas toujours de la dette pour financer nos besoins en cashflow car nous nous dirigeons vers l’auto-financement dès... 2020».
La stabilité de la dette existante, dont la prime de risque a continué de se resserrer, montre que le signal a été bien reçu. Moody’s estime que le levier de l’entreprise devrait baisser de 7.5x à 5.5x d’ici la fin de l’année grâce à la stratégie de développement de Netflix et de l’impact que cela aura sur la croissance de son Ebitda. Le rôle des marchés obligataires est de fournir une source de financement au développement des entreprises et l’exemple de Netflix nous le rappelle: le refinancement et le retour vers les actionnaires ne sont pas les seules raisons d’émettre de la dette.

Tesla va tenter de lever 2 milliards de dollars

Reste que dans un monde toujours monétairement très accommodant, le marché se montre-t-il complaisant ou démontre-t-il sa confiance dans le modèle d’affaires? Une question qui pourrait trouver d’autres éléments de réponse ces prochaines semaines puisque Tesla, autre entreprise qui brûle du cash, va tenter de lever 2 milliards de dollars à travers une augmentation de capital et de la dette.

* Responsable recherche financière, Mirabaud & Cie






 
 

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