Les objectifs de développement durable: Dr Jekyll ou Mr Hyde?

lundi, 30.07.2018

Jean-Philippe Desmartin

Jean-Philippe Desmartin

L’année 2018 voit l’explosion de la communication des entreprises sur leurs contributions aux Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies pour 2030. Publiés fin 2015, ils ont pris la suite des Objectifs du millénaire pour le développement.

Au nombre de 17, recouvrant des domaines aussi différents que le changement climatique, l’éducation ou encore la réduction des inégalités, les ODD s’adressent d’abord aux Etats. L’ensemble des acteurs privés, entreprises comme investisseurs, sont également sollicités pour y contribuer. Depuis plus de deux ans, les initiatives publiques et privées se multiplient.

Au premier abord, on ne peut qu’y souscrire. Les ODD constituent pour les 10 prochaines années un levier fort d’action et d’impact en matière de développement durable. Pour autant, nous ne sommes pas à l’abri d’une désillusion si l’on n’y prend pas garde. À titre d’exemple, un producteur de bière implanté significativement en Afrique nous indique que ses activités contribuent à la réduction de la famine dans le monde. Une autre entreprise, acteur clé des OGM, met en avant ses apports sur la thématique de l’eau et de façon plus surprenante sur la biodiversité, tout en évitant d’aborder l’impact sur le modèle économique des agriculteurs.

Dans le même temps, plusieurs agences de notation extra-financière analysent des univers d’entreprises en se concentrant sur les contributions positives sans intégrer le risque de contribution négative. Ces choix méthodologiques nous rappellent la non-prise en compte du risque de liquidité par les agences de notation financière au moment de l’explosion du marché de gré à gré des subprimes.

Bref, les Objectifs de développement durable, Dr Jekyll ou Mr Hyde de l’investissement responsable? Une ONG, un collègue gérant de fonds ou un client nous interpellera tôt ou tard. Nous préférons anticiper. Dans tous les cas, il faut avoir une approche constructive, critique et sélective sur la pertinence et la réalité de leur déploiement. Notre intégration des ODD, aussi bien dans notre recherche macro ESG (dettes souveraines) depuis avril 2017 et micro ESG (émetteurs) depuis avril 2018, rassurera sur la crédibilité de notre démarche.

 

* Directeur de l’Investissement Responsable, Edmond de Rothschild Asset Management






 
 

AGEFI




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