La menace de Trump contre Pékin fait plonger l'Asie

lundi, 06.05.2019

Les nouvelles menaces de Donald Trump contre le commerce chinois, après cinq mois d'accalmie, ont fait plonger les Bourses asiatiques et la monnaie chinoise lundi matin, la place de Shanghai cédant plus de 5%.

Une femme passe devant le tableau électronique d'une banque montrant l'indice des actions de Hong Kong à la Bourse de Hong Kong lundi.(Keystone)

Le président américain a déterré la hache de la guerre commerciale dimanche en annonçant inopinément une hausse de 10% à 25% des droits de douane imposés sur environ 200 milliards de dollars de produits chinois exportés chaque année aux Etats-Unis. Cette mesure doit entrer en vigueur vendredi.

En réaction, les places boursières chinoises ont dévissé: la Bourse de Shanghai, qui avait déjà ouvert en baisse de 3%, a terminé la session du matin en repli de 5,19% à 2.918,65 points, tandis que Shenzhen, deuxième place de Chine continentale, perdait 5,86% à 1.540,71 points.

A la Bourse de Hong Kong, l'indice Hang Seng s'inscrivait aussi en fort repli (-3,3%).
Après une chute d'environ 24% l'an dernier sur fond d'affrontement commercial avec l'Oncle Sam, les Bourses de Chine continentale avaient repris près de 30% depuis le début de l'année à mesure que Chinois et Américains soufflaient le chaud sur leurs négociations.

Mais Shanghai comme Shenzhen ont commencé à se replier mi-avril alors que semblait s'éloigner la perspective de mesures de relance économique massives en Chine. Les deux places ont cédé environ 10% au cours des trois dernières semaines.

Ailleurs en Asie, les marchés suivaient la tendance lundi, quoique avec des chutes moins brutales qu'en Chine: Singapour perdait 3,3% et Taipei 1,8%. La Bourse de Tokyo était fermée pour cause de jour férié.

"Une noix au marteau-piqueur"

Les marchés cherchent à savoir si les menaces de Donald Trump relèvent de la tactique de négociation ou bien si la guerre commerciale va repartir de plus belle.

Le gouvernement chinois n'avait pas réagi lundi en milieu de journée aux propos du président américain et l'on ignorait si le principal négociateur chinois, Liu He, se rendrait comme prévu à Washington pour une nouvelle session de discussions mercredi ou bien si la rencontre serait annulée.

"Trump a décidé d'attaquer une noix au marteau-piqueur et les investisseurs n'auront cette semaine que deux mots en tête: négociations commerciales", observe Jeffrey Halley, du cabinet d'analyse financière en ligne Oanda.

"Tout le monde a le regard fixé sur l'échéance de vendredi" et l'entrée en vigueur des nouveaux droits de douane, a commenté sur Bloomberg TV Joyce Chang, directrice de recherche à la banque JPMorgan Chase.

Sur le marché des changes, la monnaie chinoise, le yuan, a perdu jusqu'à 1,3% face au dollar lundi matin, soit sa plus forte baisse en plus de trois ans, avant de se redresser à la mi-journée à 6,7973, en baisse de 0,91%.

La devise était encore la semaine dernière sur ses plus hauts niveaux depuis 10 mois sur fond d'optimisme envers l'issue des négociations commerciales.

Le yuan n'est pas entièrement convertible. Sa valeur est fixée chaque jour par la banque centrale chinoise qui limite ses variations à plus ou moins 2% par rapport à un panier de devises.

"Les investisseurs vont rester pessimistes envers le yuan car ils vont à nouveau devoir prendre en compte le risque de guerre commerciale", analyse Ken Cheung, spécialiste du marché des changes à la banque Mizuho.

Le pétrole dégringolait aussi sur des craintes de ralentissement généralisé de la demande mondiale: le baril de "light sweet crude" (WTI), référence américaine du brut, pour livraison en juin, chutait de 1,45 dollar à 60,49 dollars dans les échanges électroniques en Asie.

Le baril de Brent, référence européenne, pour juillet, plongeait de 1,53 dollar, à 69,32 dollars.

L'analyste Stephen Innes, du cabinet SPI Asset Management, restait pourtant optimiste quant à l'évolution des négociations sino-américaines en dépit des propos de Donald Trump.

"Je considère cette menace à peine voilée comme de la gesticulation politique, comme une décision tactique", déclare-t-il. "Même si les discussions commerciales semblent dans l'impasse, je pense qu'un accord sera bientôt signé".(awp)






 
 

AGEFI



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