Les nouvelles figures du pouvoir en entreprise

dimanche, 19.01.2020

Christophe Clavé*

Christophe Clavé.

Patron, chef, cadre, manager, leader, entrepreneur sont plus que des mots. Ils traduisent des figures et des profils censés incarner une sorte d’idéal managérial à une époque donnée. Ils sont le reflet de leur temps et répondent aux attentes des entreprises dans leur environnement particulier. En 1954 dans son livre the practice of management, Peter Drucker inventait pour ainsi dire le métier de manager. Le manager c’est celui qui organise, qui fixe les objectifs, qui contrôle les résultats, qui sanctionne et récompense.     
Les organisations évoluant vers plus de polyvalence, est apparu le leader qui reprend les fonctions du manager, mais y ajoute une autre dimension. Parce qu’il a besoin des autres et que son engagement est tourné vers la mise en musique du travail des équipes, il est au cœur du dispositif organisationnel de collaboration. Les qualités du leader sont donc essentiellement collaboratives. Identification et motivation des talents, combinaison des individus pour les faire mieux travailler ensemble dans le but de produire toujours plus de performance grâce à l’intelligence collective, le leader est celui qui entraine.

Le leader c’est un manager tourné vers l’action collective et la diffusion d’énergie positive. L’entrepreneur était initialement celui qui créait une entreprise et la développait. La figure de l’entrepreneur est celle qui sort du cadre de l’organisation, qui a une vision sur la base de laquelle il décide, agit et prend des risques. Avec le temps, ces attributs ont été internalisés par les entreprises.

La nécessité de l’innovation permanente et la recherche d’innovation radicale ont poussé les entreprises à valoriser des attitudes qui autrefois auraient été considérées comme hors-jeu. Chacun est appelé à remettre en cause les solutions existantes, les façons de faire, pour inventer de nouveaux produits, services et procédés, quitte à créer des conflits internes.

Après le manager-leader s’est ainsi imposée progressivement le leader-entrepreneur qui combinerait toutes ces qualités. Dans les business schools les parcours d’entrepreneuriat sont généralement ceux qui attirent le plus les étudiants. Tous ne créeront pas leur startup, mais ils ont bien compris que les entreprises valorisent et recherchent ces profils d’entrepreneurs, qui pensent hors des sentiers battus, innovent, prennent des risques. On parle d’ailleurs d’intrapreneuriat.

On voit bien qu’avec le temps, les limites entre managers, leaders et entrepreneurs sont devenues floues et poreuses.

Le patron, le chef, le cadre, le manager, le leader, l’entrepreneur sont les mêmes figures incarnées de détenteurs du pouvoir dans les entreprises. Il me semble que c’est une erreur d’imaginer que ces figures cohabitent, aboutissant à penser qu’un cadre c’est un mauvais manager, qu’un manager serait un leader incomplet, et que pour être parfait un leader devrait revêtir l’habit d’un entrepreneur.

Le manager, qu’on l’appelle leader ou leader-entrepreneur occupe dans les organisation une place unique et essentielle. Expert capable de comprendre et combiner différents domaines de compétence de l’entreprise (1), il est capable de fédérer les énergies et les talents afin d’obtenir d’eux la réalisation des objectifs (2), et il est capable d’inspirer leur travail à travers une vision partagée de l’avenir (3). A la fin des fins, c’est bien la combinaison de ces trois capacités qui émerge des contours brumeux esquissé par la littérature managériale pour dessiner le dirigeant idéal.

* Professeur de stratégie & management INSEEC SBE






 
 

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