Les nouveaux moyens déployés dans l’investissement actif et responsable

jeudi, 10.10.2019

Les notations ESG de sociétés listées sont devenues des repères utiles pour les investisseurs, bien qu’elles ne soient pas sans lacunes.

Etienne Weber**

Les investissements dits responsables sont en plein essor. En Suisse seulement, plus de 700 milliards de francs ont été investis en 2018 dans ce qui n’était qu’une niche il y a une décennie tout au plus, un chiffre en hausse de 83 % par rapport à l’année précédente*.

Dans ce contexte, les notations ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) de sociétés listées sont devenues des repères utiles pour les investisseurs, bien qu’elles ne soient pas sans lacunes. En effet, le manque de standards, tant au niveau du reporting des entreprises que des produits d’investissement, perdure. L’univers de l’investissement durable s’est étoffé au fur et à mesure que l’adoption de ces standards a évolué dans les portefeuilles. Au-delà des désormais traditionnels investissements bases sur des méthodes de screening, plusieurs thématiques se sont affinées et de nouveaux moyens d’investissements sont désormais disponibles.

Ainsi, il est à présent envisageable de procéder à une gestion de la partie cash du portefeuille (money market) en investissant de façon plus durable et respectueuse de l’environnement. Ces investissements à très court terme (moins de trois mois) se font traditionnellement via des prêts interbancaires ou des obligations. Il est désormais possible de filtrer ces obligations, par exemple en excluant certains secteurs (tabac, énergies fossiles) ou en appliquant un filtre sur leur notation ESG. En effet, les critères ESG sont tout aussi importants pour le cash que pour les autres classes d’actif comme les actions ou les obligations. Ce type de stratégie s’avère particulièrement pertinente au regard de la pression croissante sur le reporting des stratégies d’investissement durable à la gestion du cash que la règlementation engendre pour les grandes entreprises, les investisseurs institutionnels ou même les grandes fortunes. 

De linéaire à circulaire

Il a également eu récemment un intérêt croissant pour de nouvelles thématiques d’investissement, comme l’économie circulaire. Nombreux sont ceux qui considèrent à présent que l’approche linéaire de la consommation (matière première > production > utilisation > déchet) n’est plus viable, compte tenu à la fois de la rareté des ressources et du coût croissant de la gestion des déchets. La transition d’une économie linéaire vers une économie circulaire (matière première > production > utilisation > réutilisation > recyclage > matière première) est fondamentale et soutenue par de nombreux acteurs majeurs à l’échelle mondiale, telle que la Fondation MacArthur. Les opportunités pour les investisseurs sur cette nouvelle thématique sont donc considérables, qu’ils s’agissent de sociétés qui fabriquent des vêtements entièrement recyclables ou de sociétés spécialisées dans le tri et le recyclage des déchets.

Enfin, certaines thématiques d’investissements se sont affinées ces dernières années, comme la thématique sur le carbone. Les investisseurs savent depuis longtemps maintenant que la transition vers une économie pauvre en émission CO2 a un impact considérable sur leur portefeuille. Néanmoins, mesurer cet impact a toujours été difficile. De nouveaux outils ont récemment été mis en place, comme par exemple Carbon Beta, qui permettent de mieux comprendre les risques et les opportunités liés à la tarification du carbone et de proposer d’adapter ses investissements d’une façon plus attentive à cette transition. Les gestionnaires de portefeuille peuvent ainsi examiner l’impact des scénarios de prix futurs du carbone au niveau des titres individuels (actions), mais aussi sur l’ensemble d’un portefeuille donné. Un exemple dans le graphique ci-après détaille les rentabilités attendues par secteur si le prix d’une tonne de carbone est sous les 25 dollars.

Afin de limiter leur risque tout en obtenant une surperformance potentielle, les investisseurs doivent comprendre les différentes manières dont les politiques de tarification du carbone peuvent affecter leurs portefeuilles. Lorsque ce type d’analyse est appliqué à un portefeuille d'actions mondiales, force est de constater que la tarification du CO2 représente des opportunités d’investissements, car elle récompense les producteurs efficaces en carbone et encourage la production de nouvelles technologies à faibles émissions. Nous mesurons donc ainsi des risques nouveaux mais également de nouvelles opportunités de surperformance.

Aujourd’hui, les moyens disponibles afin d’aligner nos modes de vie avec des pratiques plus durables sont considérables. Ce prisme écologique, social et responsable s’étend désormais inextricablement au cœur des portefeuilles, tant côté actif que passif. Investir tout en pérennisant notre héritage est devenu aisé, sans pour autant renoncer à ses objectifs financiers.

*Swiss Sustainable Investment Market Study 2019, 3 Juin 2019
**Directeur, Responsable du développement et de la distribution de la gestion active pour la Suisse romande, Blackrock






 
 

AGEFI




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