Le moral des horlogers reste au beau fixe malgré de nombreux sujets d'inquiétude

jeudi, 26.12.2019

Les montres suisses ne représentent que 2 à 3% de la production mondiale. Le point avec Jean-Daniel Pasche de la Fédération de l'industrie horlogère suisse.

«Le très haut de gamme va très bien, alors que l'entrée de gamme va dans l'ensemble plutôt mal», indique Jean-Daniel Pasche, le président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse. (Keystone)

L'horlogerie suisse est confrontée à un fort recul des volumes exportés depuis août 2018, alors que la valeur évolue en hausse. L'occasion de rappeler que les montres helvétiques ne représente que 2 à 3% de la production mondiale de garde-temps.

Ce constat signifie que le prix moyen d'une montre suisse tend à augmenter au fil du temps, notamment car la branche exporte plus de montres haut de gamme. En revanche, l'évolution globalement négative des volumes apparaît défavorable pour le secteur, relève Jean-Daniel Pasche. «Ce qui signifie moins de travail et moins d'activité en Suisse», précise le président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH).

Il rappelle aussi que la production mondiale annuelle tourne autour du milliard de montres. La Chine demeure le plus gros fabricant avec ses modèles bon marché, dont elle exporte entre 600 et 700 millions de pièces par an. A noter que les montres connectées représentent pour l'heure un marché de 60 à 70 millions de pièces.

Optimisme des fabricants

Le milieu aborde 2020 avec confiance et prudence. Le secteur devrait réaliser des exportations de l'ordre de 21,5 milliards de francs, si décembre se maintient, estime Jean-Daniel Pasche. On est bien loin du record de 2014, avec 22,2 milliards, mais un exercice de bonne facture, conforme aux prévisions. «Le très haut de gamme va très bien, alors que l'entrée de gamme va dans l'ensemble plutôt mal». Cette dernière, avec des montres vendues entre 500 et 600 francs, souffre d'une concurrence plus forte, à commencer par celle des montres connectées.

Les sujets d'inquiétude sont nombreux, comme la baisse des volumes et les incertitudes géopolitiques. Ainsi, la crise politique à Hong Kong, premier débouché des exportations horlogères, commence à peser. Les expéditions vers l'ancienne colonie britannique ont chuté de 26,7% en novembre. Si, en revanche, les Etats-Unis et la Chine, deuxième et troisième marchés, sont en croissance soutenue; les perspectives y sont dépendantes de l'issue de la guerre commerciale à laquelle se livrent les deux grandes puissances.

Sans compter l'élection présidentielle américaine de novembre, qui constitue toujours un facteur perturbant sur la propension à consommer. Les horlogers suisses doivent par ailleurs toujours composer avec un franc fort, la devise jouant plus que jamais son rôle de valeur refuge en ces temps incertains.

Et ce n’est pas tout. Il y a la tendance des «fashion brands» avec des montres bon marché fabriquées en Chine, mais aussi d'autres produits qui donnent l'heure

Concernant l'actualité, le président de la FH dit regretter la décision de la Commission de la concurrence (Comco)  dans le dossier des livraisons de mouvements mécaniques ETA à des clients hors Swatch Group. Les mesures provisionnelles, annoncées jeudi, prévoient la suspension provisoire des livraisons, sauf pour les petites et moyennes entreprises. La Comco prendra une décision finale l'été prochain. D'ici là, beaucoup d'acteurs seront confrontés à une incertitude dans leur planification d'approvisionnement, même si certains bénéficieront d'une bouffée d'oxygène. Sans compter que la situation pourrait alimenter la baisse des volumes à l'exportation.

Une lutte anti-contrefaçons acharnée

La FH ne ménage pas ses efforts dans sa lutte anti-contrefaçons. «C'est un combat permanent», répète son président. «Il faut agir partout où il y a des touristes», résume-t-il. Les actions de cet organisme permettent la saisie d'un million de copies environ par an à travers le monde. Pour y parvenir, le travail en amont comprend notamment la formation des autorités administratives en charge de surveiller les échanges de marchandises.

En 2019, des formations ont été distillées à Amsterdam, à Naples, à Panama, à Boston, sur l'île de la Grande Canarie, à Dammam et à Lisbonne. L'Union postale internationale, à Berne, en a aussi profité, alors que l'Arabie saoudite est en train de devenir un lieu potentiel de vente de contrefaçons.

La FH est aussi active sur internet. Pas moins de 1,2 million d'annonces ont été bloquées cette année, tant sur les plateformes de ventes que sur les réseaux sociaux. Il s'agit d'affronter un phénomène d'envergure mondiale pour garantir la crédibilité du «swiss made». (ATS)






 
 

AGEFI




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