Les métiers qui survivront à l’ère de l’intelligence artificielle

dimanche, 28.10.2018

Christophe Clavé*

De nombreuses études, dont celle publiée par le World Economic Forum, prédisent qu’un pourcentage important (42% au Canada selon le Brookfield Institute) des métiers auront disparu dans moins de dix ans, en raison de la robotisation et du développement de l’Intelligence Artificielle (IA). Dans mon activité d’enseignant je mesure chaque jour combien ces messages peuvent être angoissants pour nos enfants, auxquels on dépeint un avenir inconnu, ainsi que des scénarii tous plus pessimistes les uns que les autres. Notre rôle de parents, d’éducateurs, d’enseignants n’est pas de transférer nos angoisses sur les jeunes générations, mais de travailler à éclairer le monde.

L’IA au cœur des interrogations

Quoi que l’on lise, l’IA incarne cet avenir inconnu. Parce que quasiment personne n’en comprend le fonctionnement, le mythe d’une IA auto-apprenante, dotée d’une capacité de développement infinie, crée plus de peurs que d’espoirs. Les articles grand public et les œuvres de fiction décrivent plus une IA prenant le pouvoir sur l’humanité, qu’une technologie capable de résoudre les grands défis du siècle. Des remèdes au cancer, aux maladies rares, la création d’une source d’énergie non polluante, la dépollution des sols et des océans, l’inventions de plantes qui pourraient nourrir la planète sans abuser de produits chimiques ni d’eau, ne pourraient-ils pas transformer le monde au plus grand bénéfice de l’humanité ?

C’est vrai que beaucoup de métiers actuels disparaitront. Au 19ème siècle des ouvriers détruisaient leurs métiers à tisser de peur de perdre leur emploi. Et ceci à l’aube de 2 révolutions industrielles qui allaient créer en quelques décennies un nombre d’emplois industriels inégalés. Les tâches routinières, répétitives et prédictives disparaitront sans doute les premières. Mais plutôt que d’épiloguer sur les emplois qui disparaitront ou non, concentrons-nous sur les caractéristiques qui ne seront pas couvertes par l’IA, et dont le monde aura besoin longtemps encore.

La formation scientifique est plébiscitée comme étant la première source de savoirs nécessaires. La science, la technologie, l’ingénierie, et les mathématiques sont systématiquement identifiées comme des compétences essentielles. Le développement de systèmes automatisés s’accompagnera d’un fort besoin d’ingénieurs, techniciens et managers pour construire, maintenir, et contrôler le travail mécanisé.

Les métiers à fort contenu humain, nécessitant un fort Quotient Émotionnel semblent tout autant incontournables. Les capacités à travailler ensemble, à gérer les interactions, à comprendre voire ressentir les émotions des autres, clients, partenaires ou collègues, deviendront essentielles. La capacité à construire une relation, le sens de l’humour, l’empathie seront des aptitudes plébiscitées dans toutes les activités nécessitant une intervention humaine. L’homme est intrinsèquement un être social, une présence humaine aux cotés de la technologie sera encore longtemps nécessaire. L’AI apportera l’intelligence mais pas la conscience.

La création artistique demeurera essentiellement humaine. L’AI peut écrire des livres, peindre, sculpter. Elle est même capable de susciter des émotions primaires. Il faudra du temps avant qu’une AI n’égale Aragon dans cet insondable aspiration à l’infini se heurtant au constat de notre finitude « Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard ».

Travaillons ensemble, avec les jeunes générations, à penser le monde sous l’angle des formidable opportunités qui s’ouvrent. Le pire n’est pas certains. Et le meilleur est à construire.

*Président EGMA






 
 

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