Les sites de vente en ligne suisses ont performé durant la crise

dimanche, 03.05.2020

Les mesures strictes pour limiter les transports ont affecté la logistique de sites e-commerce. Contraintes de repenser leur chaîne d’approvisionnement, les plateformes de vente en ligne ont dû alors miser sur les fournisseurs locaux. Un pari réussi jusqu’ici.

Matteo Ianni

Pascal Meyer et Patricia Lemattre, respectivement fondateur et CEO de Qoqa et CEO de Veepee Suisse.

Alors que les Suisses subissaient jusqu’à fin avril un confinement plus ou moins strict à cause de la pandémie de Coronavirus, le commerce en ligne, lui, a connu une ascension. Pour preuve, en mars, La Poste annonçait une augmentation de 40% du trafic de colis par rapport à un mois de mars normal. Un volume comparable même à celui enregistré en décembre durant les Fêtes.

Une croissance à deux chiffres

Qui a profité de la crise? On pense instinctivement à des géants internationaux comme Amazon ou Zalando, mais les plateformes suisses se sont tout aussi bien défendue. «Oui, le chiffre d’affaires a évolué d’environ 40% durant cette période, confie Pascal Meyer, fondateur et patron de Qoqa. Lancée en 2005, la formule du site n’a pas changé : chaque jour se vend un nouveau produit pendant vingt-quatre heures dont le nombre d’exemplaires est limité.

«Nous avons clairement senti une augmentation de la demande, tant pour les commandes que sur le trafic,  liée au fait que les gens ne voulaient pas se déplacer, explique la «Loutre in Chief» de Qoqa. En période de confinement, certains produits ont très bien marché, notamment les jeux éducatifs pour les enfants, et les vins.»

Même son de cloche chez Veepee Suisse (ex-eboutic.ch), qui fait partie du gigantesque groupe français au nom éponyme (ex-vente-privée.com). «Nous avons effectivement recensé une hausse de notre chiffre d’affaires, communique la CEO de l’antenne suisse Patricia Lemattre, qui n’a cependant pas souhaité préciser cette progression. Par le biais de ventes évènementielles en ligne, le site propose, grâce à près d'un millier de partenaires, un accès à des marques avec ses univers de mode, maison, voyage, sport, beauté, enfants, alimentation et loisirs.

Remodeler l’offre en ligne

Si les sites de e-commerce ont performé durant cette période, c’est aussi parce qu’ils ont fait preuve de flexibilité et de réactivité. Il faut savoir par exemple que le site Veepee a vendu environ pour 1 million d’euros de voyages par jour en 2019. «Comme beaucoup sur ce secteur, à cause de la crise, l’activité voyage a été drastiquement impactée au niveau global, de même que pour le marché suisse», déclare Patricia Lemattre. Nous avons donc dû réadapter notre offre. L’important est à ce moment-là de se concentrer sur les produits dont les gens peuvent avoir besoin, les produits de grande consommation et d’alimentation notamment.»

Ce travail de refonte de l’offre s’est aussi appliqué chez Qoqa. «Nous avons dû complètement revoir nos offres, en particulier dans les loisirs et dans l’hôtellerie, ainsi que pour les produits impossibles à livrer, car fabriqués en Europe», souligne Pascal Meyer. 

Contraint de miser sur le local

Les mesures strictes pour limiter les transports ont en effet affecté la logistique de ses sites e-commerce. C’est toute la chaîne d’approvisionnement qu’il a donc fallu revoir. «Nous nous sommes adaptés en fonctionnant par exemple en mode dropshipping, confie Patricia Lemattre de Veepee Suisse.  (Ndlr : le principe de cette pratique consiste à supprimer une étape dans la chaîne commerciale : là où une boutique commande des marchandises à un fournisseur pour ensuite les vendre à un client, le « dropshipper » attend d’effectuer une vente avant de passer commande à son fournisseur, et fait livrer les produits directement au client.) En parallèle, nous nous sommes focalisés sur du stock et de l’approvisionnement au niveau local.»

Dans cette refonte, il est ainsi très vite apparu essentiel pour ses sites de renforcer leur ancrage local. «Cela a été un mal pour un bien, commente Pascal Meyer. En soi, cela nous a permis de découvrir d’autres fournisseurs basés en Suisse, qui n’avaient pas forcément l’habitude de travailler sur du digital.»  Dans cet esprit, Qoqa, avec le soutien financier de Groupe Mutuel et la Vaudoise, a mis en place très rapidement une plateforme pour que les petits commerçants et artisans continuent à vendre leurs produits et services. Baptisée Direqt.ch, le principe de la plateforme est simple, les indépendants et PME s’y inscrivent puis vendent des bons pour des produits livrés à domicile ou à la réouverture du commerce ou pour des services. Les montants des bons d’achat s’élèvent à 20, 30, 50 et 100 francs. «Depuis le 26 mars, près de 5800 commerçants présents sur le site pour un chiffre d’affaires de plus de 5 millions de francs.»

Dans son élan, Qoqa continue de jouer les bons samaritains puisque sa plateforme SQale, qui s’adresse à des entreprises déjà établies en Suisse et qui souhaitent se lancer dans la vente en ligne à l’international a rencontré un attrait important durant cette crise. «En Suisse, il y a un réel manque de digitalisation. De nombreuses sociétés, notamment des marques horlogères, souhaitent aujourd’hui pouvoir développer leur e-commerce à l’international tout en gardant le contrôle de leur image, de leur data et de leurs coûts. En temps normal, elles passent par des distributeurs ou par des places de marché comme Amazon ou autres.»






 
 

AGEFI



...