Le programme économique de Joe Biden, un risque pour les marchés américains?

mercredi, 26.08.2020

Les mesures prévues par le candidat démocrate à la présidentielle, notamment fiscales, peuvent affecter la profitabilité des entreprises et leur dynamique de l’investissement.

Vincent Manuel*

Vincent Manuel

Parmi les réformes engagées par Donald Trump, la baisse de l’impôt sur les sociétés de 35% à 21% est sans doute celle qui a eu le plus d’impact haussier sur les marchés actions. Cette réforme qui avait pour effet escompté de baisser les impôts des entreprises et entrepreneurs à hauteur de 650 milliards de dollars a largement contribué à la hausse du marché actions entre novembre 2017 et janvier 2018. Il est donc légitime de s’interroger sur le programme fiscal de Joe Biden au moment où les indices américains sont à un plus haut historique, à deux mois de l’élection.

Le programme fiscal proposé par Joe Biden prévoit en effet une remontée du taux d’impôt fédéral sur les sociétés de 21 à 28%, auquel s’ajoute les taxes locales qui sont estimées en moyenne à 6%; ceci ramènerait le taux d’impôt sur les sociétés à un niveau supérieur à la moyenne actuelle dans le monde, estimée par KPMG à 24% en 2019. 

D’autres mesures du programme qui sont légitimes sur le plan politique et social (la remontée de la tranche marginale d’imposition et l’élévation du salaire minimum dans un pays où les inégalités ont explosé), et qui peuvent avoir un effet positif sur la consommation et la croissance à long terme, peuvent aussi affecter la profitabilité des entreprises et leur dynamique de l’investissement.

Mécaniquement, la hausse du taux d’impôt sur les sociétés se traduirait par une baisse des résultats de 9% à 10%, même si les taux d’impôt effectifs sont différents. L’absence de réaction négative des marchés actions à l’annonce récente du programme de Joe Biden peut se lire de différentes manières. 

Premièrement, cela peut suggérer que les investisseurs ne croient pas à la capacité réelle de mise en place de ce programme fiscal, qui suppose une majorité qualifiée de 60 votes au Sénat, institution où le Parti démocrate est encore minoritaire et n’est pas certain de pouvoir obtenir une majorité. Des accords bipartisans et des compromis sur le volet fiscal seraient donc nécessaires pour faire passer par exemple le programme sur l’environnement et les infrastructures. A l’inverse, une victoire de Joe Biden pourrait se traduire par un cadre plus lisible et apaisé sur le plan international, ce qui pourrait réduire la volatilité de marché et serait favorable à la dynamique de croissance mondiale.

Ces influences sur le marché des changes 

Deuxièmement, en dépit des sondages très favorables à Joe Biden au plan national, le résultat de l’élection est encore incertain, et dépendra largement du résultat dans les Etats-charnières comme la Floride ou le Michigan. Cet Etat dans lequel Hillary Clinton était créditée d’une avance importante dans les sondages a finalement voté Donald Trump à une courte majorité d’environ 10.000 personnes. Il est donc sans doute encore trop tôt pour considérer qu’une victoire démocrate est acquise, et encore moins une majorité au Sénat. 

Troisièmement, parmi les candidats démocrates à la primaire, Joe Biden faisait partie des plus modérés et son choix de Kamala Harris comme vice-présidente plutôt que d’un profil plus radical confirme un ancrage plutôt centriste. Le projet fiscal de Joe Biden serait donc probablement autant une concession à l’aide radicale du Parti démocrate qu’une façon de boucler le financement d’un plan de relance significatif, qui in fine sera plus probablement financé par la dette.

C’est donc peut être le marché des changes qui a raison. Même si la baisse du dollar face à l’euro a été principalement actionnée par l’accord sur le plan de relance européen, les jours qui ont suivi l’annonce du programme économique de Joe Biden avaient fait trébucher le billet vert vers 1.20. Une certitude en effet: quel que soit le nom du futur locataire de la Maison Blanche, la dette fédérale devrait continuer de progresser de manière importante, ce qui pourrait inquiéter les marchés des changes.

En théorie, ce raisonnement pourrait aussi conduire à une remontée modérée de l’inflation et des taux longs, que l’on n’observe pas à ce stade. Mais cela ne manquera pas de relancer le débat du moment sur le contrôle de la courbe des taux et la cible d’inflation, au moment où les banquiers centraux se réunissent à Jackson Hole...

* Global Chief Investment Officer, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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