Investisseurs en actions: optimistes ou visionnaires?

mercredi, 06.11.2019

Les marchés restent imperturbables et retrouvent leurs plus hauts alors que plusieurs facteurs incitent à la réflexion.

Matthias Jenzer*

Matthias Jenzer.

Les journées raccourcissent et les températures baissent, autant de signes qui annoncent l’arrivée de l’hiver. Différents indicateurs des marchés financiers promettent aussi un rafraîchissement des prévisions. Seuls les marchés des actions restent imperturbables et retrouvent leurs plus hauts historiques.
Il ne se passe pas un jour sans annonces ou avis concernant le Brexit ou la guerre commerciale interminable entre les Etats-Unis et la Chine. Dans les faits, cette dernière semble au moins bénéficier d’une sorte de cessez-le-feu, car les Etats-Unis sont sur le point de signer un «deal» avec la Chine. Bien que cet accord soit dénué de toute substance, le report ou du moins la suspension éventuelle de nouveaux droits de douane est néanmoins considéré comme une aubaine pour l’économie mondiale. Même le Brexit laisse entrevoir une lumière au bout du tunnel, même si un nouveau report est indispensable. Conjointement avec le soutien des banques centrales, ces éléments permettent aux marchés des actions de retrouver leurs plus hauts historiques.     
A l’inverse, les marchés obligataires sont moins optimistes. De nombreux articles et discussions ont porté sur la courbe des taux, dont l’inversion a été interprétée comme le signe d’une crise immi-nente. Elle n’est cependant pas et de loin le seul facteur incitant à la réflexion. Les bénéfices des entreprises tendent plutôt à la baisse. Tandis que l’Europe et en partie aussi l’Asie dressent l’oreille depuis un certain temps avec des gros titres négatifs concernant les prévisions de bénéfices, les Etats-Unis sont le dernier bastion à rejoindre cette évolution. Si l’on en croît les différentes prévisions des directeurs d’achats, cela ne devrait guère changer au cours des prochains mois. Les investissements des entreprises sont ajournés.

Tout cela ne serait qu’un répit temporaire?

Les élections présidentielles aux Etats-Unis sont prévues l’an prochain et Donald Trump ne gâchera pas sa réélection éventuelle avec de quelconques conflits commerciaux. La baisse des taux d’intérêt apportera un soutien et les entreprises vont recommencer à investir. C’est en gros ce qu’avancent les acteurs du marché des actions.
De telles périodes de faiblesse ont en effet été observées par le passé et ont du moins offert des opportunités d’achat. La situation s’appuyait notamment sur un marché solide des obligations d’entreprises aux Etats-Unis, porté par des investisseurs qui mettaient leur argent à la disposition d’entreprises à risque avec bienveillance. A l’exception de début 2016, les dix dernières années étaient marquées par la stabilité du marché de ces obligations. Et ce malgré une qualité de plus en plus douteuse et un accroissement des risques. Les annonces négatives dans le secteur obligataire se multiplient toutefois depuis un certain temps. Le marché des crédits bancaires titrisés aux entreprises se fissure. Les nouvelles émissions et les nouvelles titrisations sont ajournées. La qualité insuffisante est soudainement passée au crible. Les investisseurs exigent davantage de sécurité ou de meilleures indemnisations sous la forme d’un coupon plus élevé. C’est toxique quand la croissance des bénéfices de telles entreprises s’évapore simultanément.

Obligations ou actions: qui a raison?

Alors que les problèmes dans le secteur des crédits bancaires titrisés s’accumulent peu à peu et que les prix baissent, le marché des actions reste imperturbable et atteint de nouveaux sommets – une nouveauté qui soulève la question de savoir pourquoi cet important marché obligataire ne partage pas l’euphorie cette fois-ci? Ou misons-nous sur le mauvais cheval et devrions-nous accorder une plus grande confiance au marché des actions? Rien ne peut être prédit avec certitude, si ce n’est que la Fed fait tout son possible pour effacer tout signe d’un incendie de grande ampleur, avec des abaissements des taux et, si nécessaire, des mesures monétaires renforcées. Tout cela pour le plus grand plaisir des acquéreurs de bons du Trésor américains, auxquels devraient se joindre tous les investisseurs en actions.

* CIO, Quilvest (Switzerland)






 
 

AGEFI




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