Un pavé italien jeté dans la mare européenne

lundi, 08.10.2018

Les marchés ont été brusqués par l’objectif de déficit de 2,4% du PIB annoncé par le gouvernement italien. Un chiffre destiné avant tout à provoquer des négociations politiques.

Enguerrand Artaz*

L’annonce d’un objectif de déficit de 2,4% du PIB pour son budget 2019 (et les deux années suivantes), par le gouvernement italien a créé de l’émoi sur les marchés. Rappelons en effet que le précédent gouvernement s’était engagé sur 0,8%, que le ministre de l’Economie souhaitait ne pas dépasser 1,6% et que le consensus s’attendait à environ 1,9%. Pour autant, la situation n’est pas si simple.

Savoir si le ratio de déficit / PIB atteindra 1,9% ou 2,4% n’a guère d’importance d’un point de vue strictement économique. Le souci réside davantage dans la constitution de ce déficit supplémentaire. Il est en effet alimenté par des dépenses, notamment le revenu de citoyenneté, qui soutiendront la consommation mais n’apporteront aucune solution au principal problème italien, à savoir la faiblesse de sa croissance potentielle - qui repose principalement sur l’investissement et les capacités de production. De plus, afin de garantir que l’endettement du pays restera sous contrôle, ce ratio est basé sur des hypothèses de croissance atteignables (+1,6% en 2019) mais ambitieuses. Autrement dit, un ratio élevé mais dû à un vaste programme d’investissements susceptibles d’augmenter la croissance potentielle et basé sur des hypothèses de croissance plus prudentes aurait été, toujours économiquement parlant, beaucoup plus acceptable.

Au-delà de ces considérations, le problème de fond est de nature politique. Evidemment, ce chiffre de 2,4% est un pavé jeté par la coalition populiste italienne dans la mare européenne, destiné à provoquer des négociations. D’ailleurs, dès mercredi dernier, le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, annonçait que si le déficit serait bien de 2,4% du PIB en 2019, il baisserait à 2,1% en 2020, puis à 1,8% en 2021. La Commission européenne, par la voix de son Commissaire à l’économie, ne pouvait considérer le projet italien autrement que comme un budget «en dehors des clous».

Une position délicate

Toutefois, à quelques mois des élections européennes, la position de la Commission est délicate. D’une part, à l’heure où les mouvements populistes gagnent globalement du terrain partout en Europe, le fait qu’une coalition de partis populistes réussisse à s’accorder sur un sujet aussi crucial que le budget n’est guère réjouissant. D’autre part, le budget italien constitue un budget de relance. Alors que la fin des politiques d’austérité constitue la tendance de fond en Europe et que l’un des principaux défis économiques de la zone euro tourne autour de la croissance potentielle et de l’investissement, il est compliqué pour la Commission européenne de s’opposer farouchement à une volonté de relance budgétaire. 

Dès lors, l’institution européenne, qui recevra officiellement le projet de budget italien le 15 octobre et qui devra livrer ses recommandations à la fin du mois, va sans doute devoir négocier. C’est probablement ce que les dirigeants italiens recherchent. D’ici là, il faudra aussi surveiller les annonces de Moody’s et de S&P sur la notation de la dette italienne, le 26 octobre. Encore des tensions en perspective.

Zoom sur le titre Aryzta

Aryzta, le spécialiste de la boulangerie surgelée a publié des résultats annuels sans surprise particulière ce qui, compte tenu des récents déboires du groupe, constitue une bonne nouvelle. L’excédent brut d’exploitation (EBE) ajusté ressort à 302 millions d’euros contre des perspectives à 300 millions (revues à la baisse sur l’exercice, en janvier et en mai). La société attend une croissance de l’EBE de 5 à 10% sur l’exercice 2019, et vise à moyen terme une marge brute d’exploitation de 12 à 14% (le standard de l’industrie) contre 8,8% cette année. Ces nouvelles sont légèrement positives, même si le crédit du management en termes de prévisions est dorénavant extrêmement bas, et confirment que le plan de restructuration permettra 90 millions d’économies sur la base de coûts à horizon 2021. 

La société confirme également l’augmentation de capital à hauteur de 800 millions d’euros maximum (garantie par les banques), avec pour objectifs le désendettement, l’investissement dans le business et la réorganisation ainsi que la vente d’actifs, notamment Picard, dans des conditions normales. Celle-ci sera exécutée en novembre sous réserve d’approbation en assemblée générale. Le business nous semble stabilisé, c’est la principale bonne nouvelle. Le plan de modernisation et de restructuration doit permettre à Aryzta de revenir au le même niveau de rentabilité que ses pairs, ce qui nous semble cohérent. Le seul élément discutable est le montant élevé de l’augmentation de capital. Il pourrait être contesté par certains actionnaires lors de l’assemblée générale. 

Selon nous, le management souhaite définitivement tourner la page du surendettement, avec une marge de sécurité pour l’avenir. De plus, malgré cet exercice catastrophique, la société a connu en 2018 une génération de flux de trésorerie disponible nulle (et non négative) et d’un montant de 90 millions d’euros, si l’on tient compte les dividendes de Picard.

*Analyste-gérant à La Financière de l’Echiquier






 
 

AGEFI



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