Frénésie sur les marchés britanniques après la victoire des Conservateurs

vendredi, 13.12.2019

Les marchés britanniques ont applaudi la victoire des Conservateurs et de l'assurance d'un Brexit avec accord

La devise britannique a été la première à réagir, signant le bond le plus fort depuis une décennie face au billet vert (Keystone)

Livre qui flambe, bourse à des records: les marchés britanniques étaient exaltés vendredi par la victoire écrasante de Boris Johnson aux législatives, qui éloigne la perspective d'un Brexit sans accord et enterre celle d'un gouvernement travailliste très à gauche.

Pour les analystes et les traders, la nuit a été longue, voire blanche. Jeudi, Neil Wilson, employé chez Markets.com, n'est rentré que quelques heures chez lui avant de revenir au bureau vers 20h30, pour ne pas rater l'annonce des premiers résultats, et le "mouvement massif" qui a secoué les marchés.

"Je travaille depuis (20h30), soit douze heures", raconte-il, les traits à peine tirés, en gardant une oreille sur les informations provenant du poste à côté.

Sur son écran d'ordinateur, clignotent les cours d'actions de l'indice FTSE-250, représentatif de l'économie britannique, qui bondissait à des records historiques. Plusieurs sociétés connaissaient des hausses à deux chiffres.

Sur sa plateforme, pendant la nuit l'activité a été 40% au-dessus de la normale et les échanges se sont principalement concentrées sur la livre.

"On n'avait pas vu ça depuis l'élection de 2017 quand Theresa May (l'ex-Première ministre) a perdu sa majorité", souligne de son côté Michael Hewson, de CMC Markets.

La devise britannique, échangée 24 heures sur 24, a été la première à réagir, signant le bond le plus fort depuis une décennie face au billet vert et dépassant brièvement 1,35 dollar pour la première fois depuis mai 2018. Face à l'euro, la livre a atteint un sommet depuis juillet 2016.

"Les marchés ont réagi très rapidement", explique à l'AFP Craig Erlam, analyste pour Oanda, qui a également passé la nuit à son bureau.

Si les investisseurs misaient depuis plusieurs jours sur une victoire des conservateurs à même de valider rapidement la sortie de l'UE et de diminuer les incertitudes du Brexit qui empoisonnent les marchés depuis des années, ils n'avaient pas prévu une si large avance des "tories".

Fin de la confusion

Après dépouillement dans 647 circonscriptions sur 650, le parti de Boris Johnson avait raflé 362 sièges à la Chambre des communes contre 317 remportés en 2017.

Une majorité écrasante pour les conservateurs, qui n'avaient plus exercé un tel contrôle sur le Parlement britannique depuis Margaret Thatcher.

La victoire des conservateurs face aux travaillistes de Jeremy Corbyn "apporte de la clarté pour les investisseurs là où il y avait de la confusion jusque-là", remarque Neil Wilson.

L'indice des principales valeurs de la cote, le FTSE-100, a d'abord ouvert en repli, ralenti par une livre sterling forte, mais est très vite reparti à la hausse et prenait 1,8% vers 11H00 GMT. Les valeurs du bâtiment, de la banque, étaient particulièrement à la fête, à l'instar du groupe de BTP Taylor Wimpey, qui s'envolait 14,73% à 199,75 pence.

De son côté, le FTSE-250 était en hausse de 4,2%.

"Pour les marchés et les entreprises, c'est le résultat parfait, une claire majorité pour les conservateurs, le risque Corbyn écarté, une nette réduction des incertitudes autour du Brexit et même un budget rapide pour soutenir l'économie", résume l'analyste.

Le gouvernement a en effet promis un budget dans les 100 premiers jours de son mandat avec une hausse des dépenses pour mettre fin à une décennie d'austérité.

"Les investisseurs pourraient avoir deux cadeaux de Noël, un accord commercial de phase un entre les Etats-Unis et la Chine et la réalisation du Brexit", poursuit Jasper Lawler, analyste chez London Capital Group, en référence à des déclarations du Donald Trump sur le commerce la veille.

Les marchés sont toutefois loin d'en avoir fini avec le Brexit, puisqu'une fois la sortie actée fin janvier, s'ouvre une période de transition pour négocier la future relation commerciale avec l'UE.

Si les investisseurs applaudissaient la baisse de l'incertitude, "ils ne sont pas très partisans du Brexit non plus, mais c'est une discussion pour un autre jour", rappelle Craig Erlam. (awp)






 
 

AGEFI




...