Les limites du PIB

jeudi, 15.10.2020

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Les épreuves les plus pénibles peuvent apprendre quelque chose de très précieux.
Le confinement a enseigné qu’il y a moyen de se satisfaire de peu: acheter au jour le jour sa pitance suffit

En gelant l’activité économique pendant quelques semaines, il est apparu que certains pans de celle-ci n’avaient qu’un médiocre intérêt.

Et donc le PIB a diminué, ce qui semble à première vue inquiétant, comme si c’était la seule mesure de notre bien-être. Puisque nous produisons et consommons moins, cet indicateur de l’activité économique a fléchi, parfois de façon dramatique jusqu’à un quart de sa valeur initiale dans certains pays, où il n’était déjà pas fameux. Mais ce ne fut plus la préoccupation dominante: le taux de contamination devenait un indicateur vital. Car que sert-il à l’homme de gagner sa vie s’il la perd?

Les gouvernements ont donc considéré deux indicateurs: le PIB et le taux de mortalité. Que fallait-il sacrifier de l’un pour ne pas trop nuire à l’autre? Ce faisant, ils ont découvert cette vérité élémentaire que la société n’est pas à une seule dimension et que le bonheur des hommes dépend de nombre d’indicateurs.

En d’autres mots, la satisfaction d’un pays ne se mesure pas avec le thermomètre unique du PIB, qui n’enregistre que la seule activité du marché.. Car certaines dépenses sont nocives pour la santé: la drogue, le tabac, l’alcool. En réparant les dégâts, le secteur médical fait également croître le PIB

C’est une leçon durement apprise. Le PIB par habitant est de 62 606$ aux Etats-Unis et de 7510$ au Vietnam; le taux de morts pour 100 000 habitants est respectivement de 54.5 et 3; la plus grande puissance économique au monde produit 8 fois plus qu’une des plus modestes mais souffre de 18 fois plus de morts face à une épidémie.

Un habitant de la Suisse, disposant de 32 570 $ de pouvoir d’achat, a une espérance de vie à la naissance de 83.4 années tandis qu’un Etats-Unien avec 40 100 $ ne dispose que de 78,1 années.

L’OCDE a créé une instance pour définir une série d’indicateurs, de cinq à dix, qui mesureraient toutes les dimensions du bien-être: le revenu, le travail, la santé, la formation, la culture, l’égalité, le logement, les transports, la sécurité et, surtout, la satisfaction de la population.

Un tel tableau de bord éviterait les réflexes conditionnés sur le PIB et inciterait les gouvernants à s’occuper de toute la société et non d’un fragment de celle-ci.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

AGEFI



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