L’Afrique attirée par l’Euromarché: à quel prix?

dimanche, 29.09.2019

Les liens entre le FMI et les pays africains se sont récemment resserrés, mais pourraient-ils devenir encore plus étroits?

Catherine Reichlin *

Catherine Reichlin

Le nombre de pays engagés avec l’institution depuis 2014 s’est accru de 14 à 16 alors que les montants ont grimpé de 3,4 milliards de dollars à 10,9 milliards. Les prêts conditionnels du FMI amènent les gouvernements à lancer des réformes visant la correction de la trajectoire qui les ont amenés à demander lesdits prêts. Si certaines réformes ont pu être douloureuses dans les années 80 et 90, le FMI est devenu moins intrusif et prend davantage en considération l’impact social. Reste que l’intervention externe n’est jamais agréable et est parfois utilisée comme un épouvantail.

En Afrique du Sud, l’ancien Ministre des Finances a averti son gouvernement en août que si la barre n’était pas redressée, le pays serait contraint de se tourner vers le FMI. Au niveau du continent, la dette sur l’Euromarché a dépassé la barre des 100 milliards  de dollars en juillet, le nombre de pays émetteurs a plus que doublé depuis 2010 et la tendance s’accélère. 2018 avait déjà été une année record avec 28,4 milliards émis alors que la moyenne entre 2014 et 2017 était de 11 milliards et de 3,2 milliards entre 2008 et 2012. Après plus de 12 milliards émis sur le premier semestre, 2019 pourrait être une année record.

La baisse des rendements et des primes de risques dans les marchés développés et émergents pousse les investisseurs à s’aventurer sur les marchés frontières. Alors que peu de pays africains ont de l’expérience sur l’Euromarché, il est difficile de résister à l’appel de la demande. En résulte un changement dans la structure de la dette de ces pays dont la part de dette de «marché» croît par rapport à la dette de concession.

Dans ce second type de dette, qui représentait les deux tiers de la dette externe des pays africains en 2005, les créanciers sont des organismes multilatéraux ou des donateurs, offrant des conditions de taux avantageuses ainsi que des périodes de grâce en cas de difficultés. Et lorsque l’on prend l’exemple du Ghana qui a émis en mars 3 tranches de maturités allant de 8 à 32 ans pour 3 milliards de dollars et qui a récolté une demande excédant les... 20 milliards, le chant des sirènes est attractif pour les autres pays africains. Outre leur permettre de diversifier leurs sources de financements et être moins dépendants des donateurs, ils commencent à constituer des courbes de rendements.

L’endettement n’atteint pas celui des années 90

Cela a un prix, les règles et niveaux de l’Euromarché ne sont pas ceux des prêts de concession. L’endettement n’atteint pas celui des années 90 mais sa croissance est rapide et le changement de sa structure implique une hausse du coût de son service. La tendance est-elle durable? De nombreux pays ont augmenté leur endettement pour investir à juste titre dans le développement de leurs infrastructures mais sont vulnérables aux chocs externes (matières premières, changes) et voient leurs déficits budgétaires se creuser. Souhaitons-leur de suivre les conseils du FMI avant que ceux-ci ne deviennent des contraintes.

* Responsable recherche financière, Mirabaud & Cie






 
 

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