Les licornes ou le secret de l’innovation disruptive

mardi, 24.09.2019

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

Depuis moins de dix ans sont apparues des start-up nouvelles: les licornes. Ce sont des entreprises valorisées à plus d’un milliard. Elles sont près de 500 aujourd’hui (le journal Le Monde du 24.2.2019 en dénombrait déjà 315 pour 2018). Leur histoire est donc récente.

La première licorne française, BlaBlaCar date de 2015 et Mindmaze, la lausannoise, de 2016. Aux Etats-Unis, on les appelle parfois les unicornes ou les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber). Grâce à cette surcapitalisation, elles peuvent perdre des sommes faramineuses avant de devenir éventuellement rentables. Leur principale caractéristique tient donc dans cette surcapitalisation de démarrage, ce qui leur permet de tenir le coup longtemps, très longtemps sans dégager de profit. Impensable il y a encore quelques décennies, ce modèle est aujourd’hui fréquent. Cette situation financière leur donne un avantage concurrentiel immense: le temps. Ainsi elles ont le temps de changer la «donne» de leur secteur économique.

C’est le secret de l’innovation disruptive: il faut durer pour imposer un produit totalement nouveau car les clients prennent, eux, toujours leur temps pour adopter de nouvelles pratiques ou de nouveaux comportements.

L’apparition des licornes a changé le paysage de l’innovation.

Ainsi d’un côté, vous avez les entreprisses classiques (grandes entreprises ou PME innovantes) avec leur département de R&D (recherche et développement) et de l’autre, les start-up qui elles sont entièrement dédiées à l’innovation. Désormais avec les licornes, vous avez des entreprises configurées pour être des «game changers» à savoir des entreprises nouvelles qui ont le pouvoir d’introduire sur le marché des comportements nouveaux. Songez à Netflix. Cette entreprise a été capable toute seule de bouleverser complètement l’industrie audio-visuelle entraînant de nouveaux Players comme Spotify dans l’industrie musicale avant que les Apple et Google se réveillent (Apple Music, Google Play).

Idem avec Airbnb dans l’industrie hôtelière. Uber, Lyft, Didi (Chine), Ola (Inde) vont mettre à mal le transport des personnes. MyBank, WeBank, Revolut... sont autant de sociétés de service financier en ligne qui s’attaquent au marché bancaire. WeWork et ses concurrents Knotel ou Regus se placent sur le marché immobilier des bureaux, etc., etc. Tous ces exemples nous permettent de comprendre la puissance du modèle.

La question est de savoir si les autres façons d’innover sont désormais condamnées. 

La réponse n’est pas évidente.

Sauf si l’on sépare l’innovation de rupture de l’innovation incrémentale. Cette dernière peut sans doute continuer son bonhomme de chemin dans ses structures, ses institutions et modèles actuels mais en ce qui concerne l’innovation de rupture seules les licornes ont semble-t-il une chance.

Depuis quelques années, on a vu cette nouvelle réalité dans de nombreuses industries. Par exemple, financière ou de la santé. Ce ne sont pas les banques qui innovent vraiment mais la fintech. Idem pour les licornes du digital health dans la santé.

Le monde de l’innovation vient d’être bouleversé par l’apparition des «licornes» et on peut se demander par exemple, quels seront les effets sur l’ancien système universitaire qui grosso modo organisait le passage de l’innovation du monde académique vers l’économie à travers un modèle du transfert technologique linéaire avec notamment des start-up pas si «disruptives» que cela!

A suivre.

* Mathématicien






 
 

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