De l’insouciance des marchés à la peur contagieuse

lundi, 03.02.2020

Les investisseurs sont désarmés face à des risques impondérables, réévalués au jour le jour.

François Christen*

La propagation du coronavirus entretient un climat financier «risk off» favorable aux marchés obligataires alors que les bourses sont généralement sous pression. Les gains accumulés par les actions depuis le début de l’année ont fait place à des pertes plus ou moins sévères selon la proximité avec la Chine et les secteurs d’activité. Dans ce contexte tourmenté, les emprunts du Trésor US assument leur statut de valeur-refuge et devancent l’indice S&P 500 avec une performance avoisinant 2.4 % depuis le début de l’année pour l’indice toutes maturités.

La Fed pourrait réduire à nouveau ses taux

Le rendement du «T-Note US» à dix ans est tombé à 1.55 %. En repli à 1.35 %, le rendement du «T-Note» à deux ans intègre une probabilité tangible de baisse des taux d’intérêt monétaires. Unanimes, Jerome Powell et ses collègues du FOMC ont décidé mercredi passé de maintenir le taux d’intérêt des «Fed funds» entre 1.5 % et 1.75 %. Cette décision est justifiée par un communiqué neutre qui réaffirme une posture attentiste. Les propos tenus durant la conférence de presse placent toutefois l’accent sur les risques de faiblesse conjoncturelle et sur l’inflation (1.6 % en décembre), jugée trop lente au regard de l’objectif symétrique de 2 %.

La Fed redoute la dynamique qui a entraîné les taux d’intérêt à zéro, voire en-dessous, au Japon et dans la zone euro. Dans cette logique, elle pourrait réduire à nouveau les taux d’intérêt même si l’économie américaine poursuit une expansion modérée. Ce scénario est toutefois contrarié par un risque sanitaire qui ne cesse de s’amplifier et qui fait l’objet d’une couverture médiatique envahissante, à tel point que l’accord commercial paraphé par la Chine et les Etats-Unis paraît dérisoire. Depuis 2002, quand l’épidémie du SRAS avait sévi, le poids de l’économie chinoise au regard du PIB mondial a crû de 4 % à 17 %! Cette progression fulgurante et le rôle important de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement globale sont tels qu’une aggravation de l’épidémie pourrait avoir des conséquences très sérieuses pour l’économie mondiale.

Actualité économique mitigée

Reléguée au second plan, l’actualité économique est mitigée. Le tassement de la croissance du PIB est confirmé avec une expansion de 2.1 % au quatrième trimestre 2019 (2.3 % sur l’ensemble de l’année). La croissance est alimentée par une progression régulière de la consommation privée, toujours bien orientée si l’on se fie aux derniers indices de confiance (131.6 en janvier après 128.2 en février selon le Conference Board), alors que les dépenses d’investissement (-1.5 % hors construction résidentielle) ont encore fléchi. Le rebond de l’indice ISM consacré au secteur manufacturier (50.9 en janvier après 47.8 en décembre) annonce une embellie qui pourrait être remise en question par une éventuelle aggravation de la crise sanitaire.

La semaine qui débute s’annonce importante, avec la tenue de primaires démocrates dans l’Iowa. La progression plus ou moins rapide de l’épidémie de coronavirus continuera à influer sur les marchés. Le rétablissement de la confiance des investisseurs risque de se faire attendre aussi longtemps que l’épidémie continuera à s’étendre et à générer des mesures entravant les flux et l’activité économiques.

Les marchés européens n’échappent pas à l’influence des risques de pandémie. Le rendement du «Bund» à dix ans a continué à fléchir pour s’établir aux environs de -0.42 %, aux antipodes du scénario de normalisation qui était privilégié par un large consensus. Au bénéfice du revers électoral de Matteo Salvini, les «BTP» italiens présentent des rendements et des «spread» vis-à-vis des emprunts germaniques en baisse.

L’actualité économique est encourageante, même si la croissance du PIB de la zone euro n’a pas dépassé 0.1 % au quatrième trimestre 2019 (1.2 % sur2019). L’indice de confiance de la Commission européenne s’est redressé de 101.3 en décembre à 102.8 en janvier. Le climat des affaires s’est amélioré (-0.23 après -0.33), mais l’enquête réalisée auprès des entreprises n’intègre certainement pas les développements récents liés aux risques de pandémies. L’estimation préliminaire de l’inflation (1.4 % au total, 1.1 % hors énergie et alimentation) ne traduit aucune accélération, malgré l’activisme de la BCE.

Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a conservé le statu quo pour se donner le temps de mieux évaluer l’évolution de la conjoncture après le «Brexit» formel. Deux membres du comité auraient souhaité abaisser le taux de base, comme lors des précédentes réunions. Cette décision nette a fait quelques remous sur le marché des capitaux, car certains investisseurs spéculaient sur un assouplissement remis en question par le rebond des indices de confiance et par les perspectives d’inflation dévoilées jeudi passé.

* Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI




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