La dette italienne suscite l’appétit au Japon

lundi, 24.06.2019

Les investisseurs nippons pourraient «lorgner» du côté des BTP italiens pour la portion obligataire allouée à l’Europe.

Gianni Pugliese*

En économie, comme en tout autre chose, il existe des paradoxes. L’un d’eux est illustré par l’équivalent d’environ 13.000 milliards de dollars de dette qui se traitent à un niveau de rendement négatif. En effet, quel intérêt y a-t-il à acheter une obligation sachant que la performance sera négative à l’échéance? 

Et pourtant, la demande est là! Une inflation qui se fait attendre, des craintes sur la croissance globale, les derniers propos tenus par la BCE et la Fed sont des éléments qui, parmi d’autres, continuent à faire chuter les rendements. Mais ce n’est pas tout. Ce contexte de taux extrêmement bas change le comportement au sein du marché. La relation avec le risque n’est plus respectée et des investisseurs, traditionnellement «conservateurs», n’hésitent pas à s’aventurer très loin sur la courbe et/ou à diminuer la qualité de crédit pour un peu plus de rendement. 

L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs

Voilà pourquoi, selon un article paru dans Bloomberg, les investisseurs institutionnels nippons pourraient «lorgner» du côté des BTP italiens pour la portion obligataire allouée à l’Europe. Les liquidités des fonds japonais abondent et les remboursements d’emprunts posent la question du réinvestissement. Des chiffres du Ministère des Finances évaluent le total des JGB arrivant à maturité durant l’année fiscale en cours à 127.800 milliards de yens (JPY). De ce montant, environ 34.000 milliards de yens (316,3 milliards de dollars) pourraient être réinvestis en obligations étrangères. Or, si les rendements des JGB à 10 ans sont négatifs depuis mars (-0,17% aujourd’hui), l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Les rendements de leurs homologues européens sont négatifs en Autriche, au Danemark, en Finlande, au Pays-Bas, en Suède, en Suisse et en Allemagne où le Bund traite à -0,31%. 

Entre incertitudes et paradoxes

Durant l’année fiscale précédente, les fonds japonais avaient accumulé les OAT et préféré les Bonos aux BTP. A titre de comparaison, 6600 milliards de yens avaient été investis en OAT, 887 milliards de yens en Bonos et seulement 198 milliards de yens en BTP. La plus faible exposition à la dette italienne ne faisait que refléter le degré d’aversion au risque liée à la situation politique et économique en cours. Depuis, l’incertitude a même augmenté. Pourtant, autre paradoxe, les mêmes BTP «évités» hier pourraient trouver refuge auprès des mêmes investisseurs «réticents» demain. Les arguments avancés par d’importants gérants obligataires nippons ne manquent pas de cohérence, il suffit de considérer les rendements après couverture du risque de change. 

Sur la base des prix de mercredi dernier (19 juin), le 10 ans italien rapportait 2,24% en JPY, contre 0,53% pour l’Espagne et 0,18% pour la France. Mieux encore, l’Italie est la seule des plus grandes économies de la zone Euro à offrir des rendements positifs sur toute la courbe, ce qui permet aux investisseurs qui le souhaitent de se positionner sur des obligations à plus court terme. En définitive, une aubaine pour les fonds japonais et peut-être aussi un peu pour le Trésor italien.

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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