Fed: assurer la stabilité financière en achetant la dette américaine

jeudi, 19.09.2019

Les interventions de la Réserve fédérale sur le marché interbancaire vont perdurer.

Arthur Jurus*

La Réserve fédérale américaine a assoupli sa politique monétaire mercredi soir en réduisant son taux directeur par 25 points de base. Le ralentissement de la croissance mondial n’a cependant pas conduit l’institution à réviser ses prévisions de croissance du PIB à la baisse pour l’an prochain. Le retour de l’activité à sa tendance de long-terme devrait néanmoins impliquer une croissance proche de 1,6% en 2020 et donc la dégradation du scénario économique de la FED en décembre prochain. Une stratégie avisée pour justifier une troisième baisse du taux directeur cette année.

Mais la vraie annonce n’était pas mercredi soir. En début de semaine, l’adjudication de bons du Trésor pour 78 milliards et les échéances fiscales de mi-septembre ont conduit respectivement les banques à puiser dans leurs réserves excédentaires et les entreprises à conserver leur cash. Par conséquent, le marché interbancaire américaine a connu un assèchement de ses liquidités qui a conduit la FED à injecter 120 milliards de dollars pour assurer l’offre de liquidités et ainsi permettre au taux interbancaire de se réaligner sur les taux directeurs.

Solution offensive

En cinq ans, les réserves excédentaires des institutions financières américaines se sont ainsi réduites de 48% à 1400 milliards de dollars soit 6% du PIB. A titre de comparaison, les réserves excédentaires représentent 15% du PIB en zone euro et 60% au Japon. Le plancher semble avoir été atteint puisque des évènements de rareté des liquidités sont observés. La fin de la réduction du bilan de la FED, avancée le mois dernier, était une première solution. Une seconde, plus offensive, consiste aujourd’hui à augmenter le montant des réserves excédentaires en rachetant des titres sur des courtes maturités. Or, en diminuant son taux directeur, la FED rend d’autant plus nécessaire ces dernières appelées «opérations de refinancement permanentes» et qui visent à fournir de nouvelles liquidités en contrepartie d’obligations du Trésor américain et de MBS. Une opportunité pour l’administration américaine et le Congrès qui ont décidé en juillet dernier du relèvement du plafond de la dette américaine et de l’augmentation des dépenses publiques, avec pour effet l’augmentation des émissions obligataires. 

Par conséquent, les interventions de la FED sur le marché interbancaire vont perdurer pour assurer sa stabilité financière, au prix de la politisation de l’institution qui financera davantage le budget de l’administration américaine.

Ainsi, l’ampleur de la baisse des taux imposera à la FED d’intervenir plus massivement sur le marché interbancaire en rachetant de nouveaux titres. Un taux américain nul en 2020 sera ainsi nécessaire pour financer l’expansionnisme budgétaire et assurer la stabilité financière. Deux priorités qui relègueront le risque de récession au second plan.

*Chef Economiste Landolt & Cie SA






 
 

AGEFI




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