Les intérêts négatifs de plus en plus remis en question

mercredi, 20.11.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Voilà déjà cinq ans que la Banque nationale suisse (BNS) a introduit des intérêts négatifs pour affaiblir le cours du franc suisse. Et rien ne permet de penser que cette phase de la politique monétaire s’achèvera bientôt.

C’est pour cette raison que la Recherche d’UBS en a fait le thème principal de son enquête semestrielle auprès des entreprises. Elle a interrogé 2500 entrepreneurs et cadres dirigeants helvétiques à propos de l’impact des taux d’intérêt négatifs sur leur entreprise et sur l’ensemble de l’économie suisse.

Peu d’impact sur les entreprises

Les résultats montrent que la majorité des entreprises ne sont pas directement affectées par les taux d’intérêts négatifs et que seule une minorité paie des intérêts négatifs sur leurs liquidités en dépôt dans les banques. Les quatre cinquièmes des entreprises interrogées desservent exclusivement le marché intérieur ou exportent moins de 10% de leur production. 

Elles ne sont donc pas directement concernées par les taux de change EURCHF et USDCHF. En outre, très peu d’entreprises bénéficient de l’affaiblissement du franc suisse, contrairement aux entreprises importatrices qui sont, elles, pénalisées par un franc faible.

Inquiétude pour l’économie suisse

De même, très peu d’entreprises profitent d’intérêts moins élevés sur les emprunts et les hypothèques, car une majorité des PME helvétiques n’ont pas recours à des capitaux étranger ou n’ont pas contracté d’emprunts au cours des cinq dernières années. 

Interrogés sur les coûts et les avantages des intérêts négatifs pour leur entreprise, la plupart des répondants se déclarent indifférents. Les entreprises sont donc peu préoccupées par les répercussions des intérêts négatifs sur leur propre activité. En revanche, elles sont très inquiètes des conséquences pour l’économie suisse, d’autant plus que rien ne semble indiquer la fin prochaine des intérêts négatifs.

Pour près de deux tiers des participants à l’enquête, le coût de la politique monétaire actuelle est supérieur à ses avantages pour l’économie dans son ensemble. Il est à noter que les entreprises exportant plus de 50% de leur production estiment elles aussi dans leur majorité que les taux d’intérêt négatifs sont globalement dommageables. 

Le plan B de la BNS

La BNS a introduit les intérêts négatifs à la fin de l’année 2014 et de manière renforcée au début de l’année 2015 pour rendre le franc moins attrayant comme monnaie de placement par rapport à l’euro. Ce qui était sans doute conçu comme une mesure d’urgence et apparaissait tout à fait justifié pour protéger les exportateurs suisses face à la forte réévaluation du franc semble aujourd’hui de plus en plus douteux. En raison des dommages collatéraux croissants sur le système de prévoyance et le marché immobilier, la BNS a certainement sous le coude un plan B pour sortir du contexte d’intérêts négatifs, même si elle ne le communique pas officiellement.

Par ailleurs, suite à la force accélération de l’économie mondiale en 2016, la BNS disposait déjà d’un créneau pour relever ses taux d’intérêt. Toutefois, depuis le milieu de l’année 2018, avec les conséquences de l’escalade du conflit commercial mondial, c’est devenu nettement plus difficile. 

Il est donc d’autant plus important que la BNS réfléchisse à la manière dont elle pourrait mettre en œuvre une sortie du régime d’intérêts négatifs - dans le cas qui n’est pas improbable d’une nouvelle accélération de l’économie mondiale et d’une éventuelle dévaluation du franc par rapport à l’euro.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI




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