Les intentions climatiques des géants pétrroliers

samedi, 12.10.2019

Les patrons des géants pétroliers ont affiché leurs bonnes intentions écologiques lors de la conférence Oil and Money à Londres, mais les militants écologistes dénoncent des voeux pieux.

Pour le PDG du groupe saoudien Aramco, Amin Nasser, le combat contre le changement climatique est d'importance cruciale et oblige l'ensemble du secteur à "penser différemment". (Keystone)

Dès l'ouverture de la conférence Oil and Money à Londres mardi, le PDG du groupe saoudien Aramco, Amin Nasser, expliquait que "le combat" contre le changement climatique était "d'importance cruciale" et obligeait l'ensemble du secteur à "penser différemment".

Des propos réitérés peu ou prou par Ben Van Beurden, patron de Royal Dutch Shell, mais aussi par celui de BP, Bob Dudley, ou de Total, Patrick Pouyanné.

Le secrétaire général de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), Mohammed Barkindo, a lui aussi assuré jeudi, en clôture du forum, que le cartel de l'or noir s'emparait "très sérieusement" de la lutte contre le réchauffement climatique. Et il a rappelé que ses membres étaient tous signataires de l'accord de Paris sur le climat de 2015.

"Il s'agit juste d'une impression qu'ils veulent donner," réagit Charlie Kronik, de Greenpeace. "Mais ils continuent comme si de rien n'était", a-t-il ajouté, citant deux rapports récents des ONG Global Witness et Carbon Tracker.

Le premier, publié en avril, avait calculé que les 5.000 milliards de dollars de projets d'investissement prévus à long terme dans les hydrocarbures étaient "incompatibles" avec l'accord de Paris. Le second, publié en septembre, portait sur l'année 2018 seulement et aboutissait au même constat.

Evolution trop lente

Aramco figure en première place du classement des plus importants émetteurs de dioxyde de carbone depuis 1965, selon une étude de Climate Accountability Institute, un centre de recherche américain, publiée mercredi par le quotidien The Guardian.

BP, Shell et Total font également partie des 20 sociétés du secteur du pétrole, charbon et gaz responsables de 480 milliards de tonnes d'équivalent CO2 rejetés depuis plus de 50 ans, soit plus d'un tiers du volume mondial, selon la même étude.

Les principales sociétés pétrolières ont pourtant "opéré une évolution ces dernières années", constate Paul de Leeuw, directeur de l'Institut de la transition énergétique à l'Université Robert Gordon.

"La question qui vient ensuite, et qui est au centre du débat aujourd'hui, c'est la vitesse à laquelle ces sociétés sont capables d'évoluer", ajoute-t-il, interrogé par l'AFP.

Selon Bassam Fattouh, directeur des études sur l'Energie à l'Institut Oxford, "les compagnies pétrolières internationales font des efforts importants pour réduire leurs émissions de carbone (...) et se sont développés dans le gaz naturel et les énergies renouvelables".

"Mais la société au sens large considère que ces efforts arrivent un peu trop tard. Le principal défi pour ces sociétés est donc d'arriver à accélérer leur transition sans affaiblir leur rentabilité".

Contacté par l'AFP, Total met en avant les 1,5 à 2 milliards d'euros annuels d'investissements dans l'électricité bas carbone d'ici 2025 et le lancement d'une centrale photovoltaïque à Villers-Saint-Paul (nord de la France). Aramco réaffirme son engagement sans citer de chiffres.

Pendant la conférence, le patron de BP s'est livré à un plaidoyer pour le gaz comme pierre angulaire d'une lutte efficace contre le changement climatique, vantant les efforts de son groupe pour combattre les fuites de méthane.

Le poids des mots

Les pétrolières font face à une pression accrue, à la fois politique et citoyenne, pour devenir moins polluantes. La Royal Shakespeare Company (RSC) a, par exemple, décidé de renoncer aux aides de BP.

Le forum Oil and Money va d'ailleurs changer de nom dès l'an prochain, rebaptisé "Energy Intelligence Forum".

Sponsor de la première heure, le New York Times a décidé de ne plus s'associer à l'événement, encourageant l'organisateur Energy Intelligence dans sa décision de changer de nom.

Des efforts qualifiés de "100% greenwashing" par Greenpeace, dont plusieurs militants ont brandi, lors d'un dîner du forum, une banderole barrée d'un "criminels climatiques" à l'attention de BP et Shell.

Le collectif pro-environnement Extinction Rebellion s'est, lui aussi, attaqué à la réunion, déclenchant l'alarme dans l'hôtel qui l'accueillait, en plus de manifestations en ville. (awp)






 
 

AGEFI




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