La neutralité très relative de la Fed américaine

mardi, 04.12.2018

Les indicateurs montrent un tassement aux Etats-Unis, tandis qu’un ralentissement de l’activité mondiale semble se confirmer.

Daniel Varela*

Après quelques mois en fonction, on commence à distinguer le style de Jerome Powell le président de la Réserve fédérale américaine. Quitte à entamer un peu une crédibilité qui n’est pas encore totalement assise, il vient de démontrer un pragmatisme et une capacité à s’adapter à un environnement versatile. Preuve en est le changement radical du ton de ses discours. 

En fin d’été, il expliquait ainsi que le taux de référence de la Fed était «très loin» du point neutre, c’est-à-dire le niveau où il ne constitue ni un soutien ni un frein pour l’économie. Sous-entendu, les investisseurs doivent encore se préparer à de nombreux tour de vis monétaires.

La semaine dernière, il a pourtant annoncé qu’il estimait désormais qu’on se situait «juste en-dessous» du point neutre.

Un tel revirement d’opinion est rare chez un grand argentier. Pourtant, les investisseurs ne lui en tiennent pas rigueur, bien au contraire. Car le contexte a entretemps bien changé et pas seulement en ce qui concerne l’évolution des bourses.

Le plongeon du pétrole 

Les indicateurs économiques montrent un tassement aux Etats-Unis, tandis qu’un certain ralentissement de l’activité économique mondiale semble se confirmer.

Mais c’est un développement majeur non prévu par la Fed qui justifie la prudence récente de M. Powell. Le plongeon de plus de 30% du cours du pétrole va fortement impacter l’évolution de l’inflation ces prochains mois. Son indicateur phare, le déflateur des dépenses de consommation, pourrait ainsi retomber en-dessous de son objectif de 2%. Jusque-là, la Fed s’appuyait également sur l’accélération des salaires pour justifier le resserrement de sa politique. Mais des changements structurels majeurs liés à la numérisation de l’économie semblent réduire l’impact des hausses salariales sur l’inflation finale.

Tandis qu’il est prouvé qu’une baisse des cours de l’or noir s’accompagne de retombées rapides sur l’inflation, surtout aux Etats-Unis où les taxes sur l’essence sont faibles.

Changement de discours

Alors que la quatrième hausse de taux pour 2018 est pratiquement acquise lors de la réunion du 19 décembre, seuls deux tours de vis semblent se dessiner pour 2019 et ils seront fortement conditionnés à l’évolution de l’économie et de l’inflation.

Ce changement de discours a participé au retour d’optimisme sur les bourses. Et la configuration technique de Wall Street se voit renforcée.

En effet, après un re-test réussi des points bas du mois d’octobre, un rallye de fin d’année semble probable sur l’indice S&P 500, surtout dans un contexte d’apaisement des tensions commerciales.

*Chief Investment Officer, Banque Piguet Galland






 
 

AGEFI



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