L’innovation ne s’arrête pas aux frontières des cantons

jeudi, 25.06.2020

Les incubateurs de Suisse romande refusent le mot concurrence pour qualifier leurs relations. Ils collaborent et cherchent à se positionner dans des secteurs complémentaires.

Sophie Marenne

En une vingtaine d’années, les incubateurs se sont multipliés à travers la Suisse romande, proposant des loyers modérés et le soutien de leurs coachs à ceux qui rêvent d’entrepreneuriat.

En une vingtaine d’années, les incubateurs se sont multipliés à travers la Suisse romande, proposant des loyers modérés et le soutien de leurs coachs à ceux qui rêvent d’entrepreneuriat. L’arrivée d’Octagon, qui se profile comme un futur mastodonte de l’incubation à Genève, inquiète-t-elle ces acteurs? Pas le moins du monde.

«Plus l’écosystème d’innovation suisse sera ample, mieux ce sera pour tous ses acteurs», commente Nasri Nahas, CEO du Biopôle lausannois. Le directeur de la couveuse de jeunes sociétés StartLab est ainsi convaincu que tous profiteront d’effets de bord positifs. «La présence d’un pôle pharma à Bâle attire des firmes de biotechnologie sur les territoires vaudois ou genevois, par exemple. Il ne faut pas croire que l’innovation reste cloisonnée à un canton.»

Pas rivaux

Le généticien de formation parle d’une saine concurrence entre les cantons qu’il qualifie du néologisme compéllaboration: «Si chaque territoire cherche à attirer des sociétés, tous coopèrent pour rendre l’écosystème suisse attractif. Le vrai concurrent, ce n’est pas le canton voisin: c’est l’Allemagne ou la France!», avertit Nasri Nahas qui insiste encore: «nos microlocalisations internes passent inaperçues depuis la Chine».

Grégory Grin, directeur de Fri Up, renchérit en parlant d’une concurrence inexistante entre cantons au regard de l’incubation. «Nous travaillons en bonne intelligence. Nous sommes capables de nous coordonner, en témoigne notre entraide hebdomadaire, parfois même quotidienne, autour de la mise en œuvre du système de cautionnement Covid-19 de la Confédération pour les start-up prometteuses.» Autre exemple: la collaboration entre le campus AgriCo, fribourgeois, et la nouvelle initiative Swiss Food & Nutrition Valley, vaudoise. «Une complémentarité s’instaure, avec des infrastructures et des domaines de prédilection qui diffèrent», explique celui qui est aussi président de l'association Swiss Startup Coaching Network.

Il rappelle que Fri Up, dont le modèle d’incubation est décentralisé, ne cherche pas à faire venir des start-up d’ailleurs, mais à les faire naître sur place dans les parcs d’innovations tels que le Bluefactory, l’AgriCo ou encore le Marly Innovation Center. «Bien entendu, il arrive que certaines déménagent, à l’image de celles qui s’installent à proximité d’un partenaire industriel. Nous ne tentons pas de les en empêcher. Ce qui prévaut, c’est la réussite de l’entreprise, avant nos intérêts politiques», complète Grégory Grin.

Chacun son domaine

Ce sentiment de collaboration et de dialogue intercantonal est ressenti également en Valais, du côté de The Ark avec, en sus, l’objectif de ne pas se marcher sur les pieds. «Ça n’aurait pas de sens de lancer un incubateur fintech à Sierre», décrit Frédéric Bagnoud. Pour le secrétaire général de la fondation pour l’innovation en Valais, il est naturel que chaque canton se positionne dans des secteurs qui reflètent l’économie locale. «Nous avons ainsi choisi de soutenir des activités de sciences appliquées», raconte le natif d’Icogne.

«Le secteur de l’incubation se professionnalise, note pour sa part Amanda Byrde, co-fondatrice d'Impact Hub Lausanne et Genève. «Ce qui implique que la concurrence directe se clairseme. Les acteurs se concentrent sur des programmes, des thématiques et des stades de développement d’entreprise différents.»

Par ailleurs, la coprésidente du réseau d’entrepreneuriat social Impact Hub Suisse ne craint pas une mainmise d’Octagon sur les jeunes entreprises dites «d’impact», ses cibles annoncées. «Ces préoccupations deviennent la norme», assure Amanda Byrde. De plus en plus de jeunes sociétés devraient se créer dans le respect d’objectifs plus durables, ce qui étoffera le secteur.

 

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