Geneva Watch Days: les marques horlogères vendent via visioconférence

vendredi, 28.08.2020

Les GWD ont ouvert leurs portes jusqu’à samedi. Pour contourner le Covid-19, le joaillier-horloger Bulgari a aussi misé sur la vidéoconférence. La marque espère récupérer 30% à 40% de ce qui a été perdu avec la disparition de Baselworld grâce à des rencontres sur Zoom.

Matteo Ianni

Bulgari a investi en matériel informatique dernier cri pour organiser des rencontres sur Zoom, une application de téléconférence.

Trois caméras, des projecteurs led, des écrans et micros, l’écriteau «On AIR» sur une porte, tout cela sous le contrôle d’une régie audiovisuelle. Tout laisse à croire à un plateau TV. C’est en fait l’espace vidéoconférence du joaillier-horloger Bulgari aux Geneva Watch Days (GWD). Unique manifestation suisse où les maisons présentent leurs nouveautés aux détaillants et à la presse cette année, les GWD, qui se tiennent de mercredi à samedi, se déroulent dans différents hôtels et boutiques de la Cité de Calvin. Bulgari a par exemple choisi le Ritz-Carlton Hôtel de la Paix, la maison horlogère Bovet et Louis Erard le Beau-Rivage.  

Le défi est grand pour les marques: rattraper aux GWD une partie du manque à gagner provoqué par la disparition des grands rassemblements du secteur, Baselworld et Watches & Wonders (ex-SIHH). Mais les obstacles sont multiples: le nombre de participants est limité à une centaine de personnes pour chaque maison. Hier, par exemple, Bulgari a accueilli 40 journalistes et 28 clients sur son site. Et surtout, en raison de la crise sanitaire, elles doivent faire une croix sur les clients et médias en provenance d’Asie, du Moyen-Orient et des Amériques.  

De son côté, Pascal Raffy de la maison Bovet s’est dit ravi et «absolument touché que les gens viennent découvrir les nouveautés de la maison» même si beaucoup des détaillants, partenaires et autres investisseurs n'ont pas pu rallier la Cité de Calvin du fait des restrictions de voyages. Pour lui, participer à ce salon inédit et autogéré, c'est une manière «d'envoyer un signal positif durant une période morose».  

Alors les marques se sont creusées les méninges: si le client ne peut pas venir sur place, ce sont elles qui iront à lui. C’est dans cette logique que Bulgari a investi en matériel informatique dernier cri pour organiser des rencontres sur Zoom, une application de téléconférence.  

En plus de son stand physique, la marque a installé deux espaces de vidéoconférences au premier étage de l’hôtel: l’un dédié aux médias où Jean-Christophe Babin, directeur général de Bulgari, effectue ses interviews avec la presse internationale.  

L’autre espace est dédié à la vente. Une cinquantaine de clients ont en effet dû s’inscrire au préalable pour réserver un slot de 45 minutes pour une discussion en ligne. De l’autre côté de l’écran, leur interlocuteur n’est autre qu’Antoine Pin, directeur de la division horlogerie de la maison italienne, propriété du groupe de luxe français LVMH. 

Evidemment, la clientèle asiatique se connecte le matin, «de 7h à 10h», détaille Pascal Brandt, responsable de la communication de maison horlogère. «L’après-midi, ce sont des acheteurs américains, mais aussi quelques Européens». Autrement dit, les organisateurs se préparent à un marathon virtuel durant ces quatre jours. Et pour cause, l’objectif financier reste important: «En chiffre d'affaires, Bulgari cherchera à récupérer 30% à 40% de ce qui a été perdu avec la disparition de Baselworld via les rencontres sur Zoom», avait même précisé Jean-Christophe Babin à AWP plus tôt dans la semaine. 

Du côté de la maison horlogère Bovet, son patron Pascal Raffy admet aussi qu’un accent a été mis sur le service au client à distance. «Je passe beaucoup de temps sur Skype et sur Zoom». Néanmoins, le dirigeant semble douter que ce soit un canal «adapté» à la maison horlogère. Il est clair que «les habitudes du monde d'avant sont terminées (...) mais si c'est simplement pour suivre une mode, je ne le ferai pas», assène-t-il à AWP. 

Qui dit marché en ligne dit réseaux sociaux. Et ce point, la maison horlogère indépendante Louis Erard l’a bien compris. «On a parié sur Instagram, sur cette plateforme où plusieurs générations se côtoient, notamment les 25 à 40 ans, ceux qui ont le pouvoir d'achat le plus important» explique Manuel Emch, conseiller en charge de la reprise et actionnaire de la marque. Il y a des «influenceurs», des «leaders d'opinions» qui permettent à la marque de toucher un public connaisseur beaucoup plus large. «Avec relativement peu, on peut toucher beaucoup de monde» précise-t-il à AWP. «On a divisé notre budget marketing par trois alors qu'au même moment, notre visibilité a explosé.»






 
 

AGEFI



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