La pression sur le président de Credit Suisse Urs Rohner ne va pas se relâcher

dimanche, 09.02.2020

Les groupes ayant soutenu Tidjane Thiam vont probablement se manifester dans la foulée de sa démission en tant que CEO. Ethos a déjà réaffirmé sa position.

Christian Affolter

Thomas Gottstein

Le président de Credit Suisse Urs Rohner apparaît à première vue comme le grand gagnant de la démission du CEO Tidjane Thiam. Certains vont même encore plus loin en affirmant d’une manière à peine voilée que la Suisse a su défendre sa place face aux représentants internationaux qui menaçaient de faire de Credit Suisse une banque définitivement privée de son ancrage historique. Le président suisse Urs Rohner aurait réussi son coup, planifié depuis des mois.

L’insistance du communiqué publié vendredi sur les mérites du président, soutenu à l’unanimité par le Conseil d’administration, atteste néanmoins d’une pression qui pèse toujours sur ses épaules. Elle est peut-être même plus forte que jamais. Nous pourrions finalement nous retrouver avec une tête de Credit Suisse totalement renouvelée, au niveau exécutif et stratégique. 

Rappelons que l’administrateur délégué d’Harris Associates David Herro a ouvertement menacé d’attaquer le président en cas de départ du CEO Tidjane Thiam. La presse du dimanche a estimé que ces démarches d’actionnaires britanniques et américains (voire français, en fin de compte) en soutien du CEO auraient finalement précipité les choses; le Conseil d’administration ne les aurait pas appréciées. D’autant moins qu’elles paraissent avoir été coordonnées avec le principal intéressé. Cependant, le Conseil d’administration n’est pas composé que de Suisses.

Severin Schwan soutient le président

La nomination du CEO de Credit Suisse (Suisse) Thomas Gottstein en tant que successeur de Tidjane Thiam à la tête du groupe est certes la solution la plus logique, du moins à court terme. Mais le conseil a tout de même jugé nécessaire que l’administrateur indépendant et CEO de Roche Severin Schwan témoigne dans le communiqué en soutien du président, soulignant qu’il «a conduit le conseil d’administration de manière exemplaire en ces temps turbulents». 

Ce même communiqué cherche à donner l’impression que le départ du CEO ne tient pas tant aux scandales récents, mais plutôt au fait d’avoir réussi le repositionnement de Credit Suisse, bouclé au moins la première étape de ce projet. Cela s’inscrit une nouvelle fois dans la volonté de protéger Urs Rohner. C’est Tidjane Thiam qui a donné sa démission, ce n’est pas le Conseil d’administration qui lui a demandé de partir.

Chute du titre

Harris Associates n’est manifestement pas le seul actionnaire à ne pas apprécier le départ de Tidjane Thiam. La chute du titre de près de 5% à l’ouverture du marché zurichois en dit long. Credit Suisse aurait pourtant un potentiel de rattrapage en termes de valorisation comparée à sa consœur UBS. 

Rappelons que Silchester, actionnaire à hauteur de 3%, s’était également prononcé en sa faveur, ainsi qu’Eminence Capital. Personne ne connaît pour l’heure la position des actionnaires du Qatar et d’Arabie saoudite – si ce n’est que leurs représentants au conseil d’administration doivent eux aussi avoir accepté la démission de Tidjane Thiam. Cela n’aurait peut-être pas été le cas si le Conseil avait dû voter une résolution pour le pousser à la porte de sortie. Officiellement, le conseil d’administration affiche son soutien inconditionnel du président, jusqu’au terme de son mandat en avril 2021.

Assemblée générale le 10 avril

Il n’est toutefois pas à exclure du tout que d’ici l’assemblée générale ordinaire du 30 avril, un large front de contestation d’Urs Rohner va se constituer. Si l’appel d’Ethos de jeudi à la démission du président visait principalement à mettre un terme aux tensions entre les deux hommes à la tête du groupe (son directeur Vincent Kaufmann a réitéré sa position d’appel à la démission même après l’annonce du départ du CEO), d’autres conseillers d’investisseurs institutionnels pourraient eux aussi rejoindre les actionnaires qui avaient soutenu Thiam, et remettre en question le président, vu comme un représentant de l’ancienne garde. 

Dans la sérénité

Le nouveau CEO Thomas Gottstein devrait néanmoins pouvoir entamer son mandat dans une certaine sérénité. 

L’une des remarques les plus critiques provient de l’analyste Javier Lodeiro de ZKB, qui aurait lui aussi préféré un maintien de Tidjane Thiam à son poste. Ce qui est d’importance capitale, c’est que «le nouveau CEO conserve l’énorme attention sur les coûts de Tidjane Thiam». Il a réussi à réduire leur volume de plus de 20 milliards de francs à 16 milliards environ. Il relève aussi que c’est grâce à un contrôle rigoureux des coûts que Thomas Gottstein a réussi à nettement augmenter le bénéfice de l’entité suisse, de 1,6 milliard à 2,1 milliards avant impôts. Celui-ci devrait également conserver l’orientation sur la gestion de fortune.

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AGEFI




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