Le facteur humain plus fort que l’intelligence artificielle

mercredi, 20.03.2019

Les gestionnaires de fortune sont à un stade crucial de leurs relations clientèles notamment avec la nouvelle génération.

Viola Steinhoff Werner*

Dans les décennies à venir, on estime que plus de 30 billions de dollars de richesses seront transmis à la nouvelle génération en Amérique du Nord. Cette génération en passe de prendre les commandes de son héritage exige plus qu’une relation bancaire «à l’ancienne». Cela est d’autant plus vrai après la crise financière mondiale de 2008, qui a mis à rude épreuve les relations entre les banques et leurs clients.

Responsabilité collective

Je suis fondatrice et directrice générale de la Young Investors Organization (YIO), un réseau sponsorisé par le Credit Suisse et dédié à la prochaine génération des familles les plus influentes du monde. À ce titre, je travaille depuis maintenant plus de 13 ans avec ces jeunes, dont j’ai eu l’opportunité de comprendre les particularités, les objectifs et les aspirations. S’il y a une chose que j’ai apprise, c’est que la réalité de cette prochaine génération en ce qui concerne le numérique (et notamment la gestion de fortune) est souvent bien différente de la manière dont elle est dépeinte dans les médias. Oui, la technologie et l’intelligence artificielle (IA) seront essentielles, mais le contact humain l’emportera toujours.

En 2007, le YIO comptait 200 membres. Aujourd’hui, ce nombre est passé à environ 1500 dans le monde entier, incarnent parfaitement les valeurs de la philosophie propre à cette nouvelle génération. C’est une génération qui est unie dans la volonté de marquer le monde de son empreinte et qui a un sens profond de la responsabilité collective. Pour cette génération, un gestionnaire de fortune se doit de proposer davantage que l’offre disponible en effleurant du doigt un écran tactile.

Faire de l’impact social la norme

Comme les générations précédentes, ces jeunes pensent aux investissements en termes de risque et de rendement, mais intègrent beaucoup plus l’impact social à cette équation que leurs parents. 

Seuls 20% des acteurs de cette génération sont satisfaits des objectifs de placement et de l’allocation actuels du patrimoine de leur famille. Cela signifie qu’ils envisagent d’apporter des changements considérables à la gestion de leur portefeuille une fois qu’ils prendront les rênes. 

L’importance et la recherche croissantes d’un impact social auront donc une influence durable sur la manière dont les gestionnaires de fortune serviront cette clientèle en plein expansion. En effet, avec plus de 50% de la population mondiale âgée de moins de 30 ans, la situation ne doit pas être sous-estimée.

L’IA facilitera et améliorera incontestablement l’approche actuelle de la gestion de fortune pour effectuer des placements durables et à impact, mais elle ne la remplacera pas. 

D’une simple relation à un partenariat pour la vie 

Si le monde est peut-être devenu plus accessible grâce aux télécommunications, à l’internationalisation et aux technologies de pointe, il est désormais aussi plus fluctuant et plus complexe. 

La prochaine génération ne recherche pas uniquement des conseils financiers. Lorsque le jeunes ont choisi un gestionnaire de fortune, l’une de leur priorités est de pouvoir construire une relation solide avec cette personne. Les gestionnaires de fortune doivent ainsi être des partenaires honnêtes qui les suivront tout au long de leur vie, les aideront à définir et à atteindre leurs objectifs complexes et très spécifiques, à établir des liens, à associer des sources et à trouver des solutions uniques. La prochaine génération est clairement axée sur les technologies de pointe (high tech). Mais dans ce nouveau monde, les jeunes accorde aussi beaucoup d’importance au côté émotionnel de la relation (high touch). 

Cette nouvelle génération transforme le domaine de la gestion de fortune. D’un secteur fondé sur les relations avec les clients, il deviendra un secteur fondé sur des partenariats complets qui dureront toute une vie. 

L’intelligence artificielle jouera un rôle clé dans le développement de la transparence au sein du secteur et dans la prise en charge de calculs complexes, mais elle deviendra aussi bientôt la norme. L’IA ne sera pas un facteur de différenciation. 

Mais alors, qu’est-ce qui fera la différence? Comment les gestionnaires de fortune assureront-ils une transition réussie entre les générations? Comment aideront-ils leurs clients à identifier et à réaliser leurs rêves pour une société meilleure? C’est là que le facteur humain l’emportera toujours sur l’intelligence artificielle dans le domaine de la gestion de fortune avec la prochaine génération.

*Fondatrice de la Young Investors Organization et responsable de Global Next Generation and Families chez Credit Suisse






 
 

AGEFI



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