Dynamique baissière des infrastructures

mardi, 18.08.2020

Les fonds négociables en bourse (ETF) investis dans les actions d’infrastructures les moins géographiquement diversifiées souffrent d’une moins grande prédictibilité des revenus.

Levi-Sergio Mutemba

Contrairement au marché dans son ensemble, le secteur des infrastructures semble illustrer le phénomène de piège de la valeur ou value trap: des actions bon marché mais qui, hélas, le demeurent pendant longtemps, peinant à rebondir en dépit de leurs valorisations. Alors que l’indice S&P 500 progresse de 5% depuis le début de l’année, l’indice S&P Global Infrastructure Index, qui regroupe 75 entreprises dans le monde, chute de plus de 16%. Un produit retient particulièrement l’attention, à savoir l’exchange-traded fund Alerian MLP ETF (AMLP), dès lors qu’il baisse de plus de 40% depuis le début de l’année, ses actifs ayant même perdu trois quarts de leur capitalisation au cours des cinq dernières années. 

L’AMLP réplique la performance des sociétés en commandite ou master limited partnerships (MLP) américaines cotées en bourse. Ces entreprises se situent le plus souvent en milieu de chaîne de production (transport, stockage, traitement), essentiellement dans le secteur énergétique (gaz et pétrole). Les commanditaires, ou limited partners (LPs), reçoivent en premier et directement les flux de trésorerie générés par l’activité et bénéficient d’un traitement fiscal favorable. La régularité et la prédictibilité des revenus constituent l’attrait principal des MLP.  

ALPS Advisors (ALPS), en charge de la gestion du fonds, admet que les derniers temps «ont donné à réfléchir aux détenteurs de parts», tout en recommandant de ne pas céder à la panique et de se concentrer sur les fondamentaux. 

Mauvaise saison des résultats

Moins de 12% de la dette des MLP arrive en effet à échéance au cours des deux prochaines années. «Le momentum négatif des MLP a conduit des fonds fermés utilisant le levier à procéder à des ventes forcées de parts», explique ALPS dans une note aux investisseurs.  

À ce facteur technique s’ajoute l’incertitude de ces derniers. Selon ALPS, «le marché envoie un signal clair» illustrant leurs incertitudes quant à ce qu’il adviendra des contrats futurs, compte tenu des difficultés financières que rencontrent les clients et autres contreparties des MLP. «Le marché punit également les MLP», dans la mesure où il s’interroge sur la viabilité des niveaux de tarification actuels dans un environnement où la production décline. 

Pénalisée au niveau de ses opérations relatives au gaz naturel, au traitement des matières premières et à ses activités pétrochimiques, Enterprise Products Partners (EDP), l’une des MLP américaines les plus diversifiées et la seconde position au sein du fonds AMLP, a publié un bénéfice en baisse de près de 200 millions de dollars à 1,03 milliard au second trimestre par rapport à la même période l’an dernier. Son bénéfice par unité – l’équivalent du bénéfice par action d’une société anonyme – a chuté de 14% et son cash-flow libre a été divisé par plus de trois.  

Magellan Midstream Partners (Magellan), qui constitue la première position de l’AMLP, a vu son bénéfice net chuter de près de moitié (-47%) au cours du second trimestre à 138 millions de dollars. De même que son bénéfice net par unité, passant à 0,59 dollar contre 1,11 dollar un an plus tôt. Tandis que le fonds AMLP ne détient que 20 constituants, tous américains, avec des actifs nets totaux de 3,8 milliards de dollars, le fonds iShares Global Infrastructure Index ETF (INFR), également coté en Suisse, est largement moins exposé au risque de concentration géographique. Totalisant près de 800 millions de dollars d’actifs nets totaux à travers ses 240 constituants, INFR n’a perdu que 4,5% environ depuis le début de l’année. À moyen terme, c’est-à-dire sur cinq ans, sa performances est positive (+12%), à l’inverse de l’ETF AMLP. 

Les fonds affichant une certaine diversification géographique devraient en effet être favorisés par rapport à des fonds à couverture locale, sous l’effet de dynamiques globales. Le plan de relance budgétaire, par exemple, comprend en effet un volet «durable» de long terme visant à transformer les infrastructures en Europe dans le cadre de la transition climatique. «Ce pacte vert pose les conditions pour que l’Union Européenne devienne un leader mondial des énergies et des technologies vertes grâce aux investissements», avait fait remarquer Stéphane Monier, CIO chez Lombard Odier Private Bank, dans sa note du 10 août. 






 
 

AGEFI



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