L’Indonésie n’échappe pas à la tourmente

dimanche, 09.09.2018

Les fondamentaux économiques du pays restent solides.

Gianni Pugliese*

Chaque été, de nombreux investisseurs partent en vacances en espérant que les marchés resteront suffisamment calmes pour pouvoir se relaxer sur les plages ensoleillées. Mais cette année, la météo n’est pas clémente et le répit n’est pas au rendez-vous, en particulier sur les marchés émergents.

Le resserrement monétaire de la Fed, l’augmentation des rendements américains et l’intensification des tensions commerciales exercent une pression négative sur les obligations émergentes et pèsent sur les perspectives de croissance. A cela s’ajoutent les difficultés en Turquie, en Argentine ou en Afrique du Sud qui fragilisent encore un peu plus le sentiment, accélèrent le retrait des investisseurs et attisent la volatilité des devises émergentes.

L’Asie n’échappe pas à la tourmente même lorsque la dynamique de croissance est bonne, comme en Indonésie par exemple. La roupie indonésienne a chuté de plus 10% contre dollar depuis le début de l’année, dont 3,6% rien que depuis la fin du mois de juillet jusqu’au 5 septembre.

La banque centrale a réagi avec détermination afin de soutenir la roupie et les obligations étatiques. Elle a procédé à diverses interventions, tant sur le marché des devises que sur celui des capitaux, où elle a acheté des montants importants d’obligations gouvernementales. Elle a également relevé son taux directeur de 125bp à 5,50% depuis la mi-mai, dont une hausse de 25bp ayant eu lieu le 30 mai, hors réunion planifiée.
Malgré tous ces efforts, les pressions ont refait surface. L’aversion au risque a repris le dessus et même monté d’un cran suite à l’annonce de récession en Afrique du Sud. La roupie s’est rapprochée du seuil psychologique de 15.000 pour 1 dollar et la réaction ne s’est pas fait attendre. Le marché a rapidement anticipé une hausse supplémentaire du taux directeur avant la réunion de la banque centrale prévue pour la fin de ce mois. A tel point que le rendement souverain à 2 ans a bondi de plus de 60bp en 3 jours, dépassant 7,80% le 5 septembre. Le gouverneur de la banque centrale a alors réaffirmé son objectif de stabilisation de la devise et de l’économie.

Selon des spécialistes, la crédibilité est un facteur crucial car l’Indonésie dépend fortement du financement extérieur. La roupie est donc plus vulnérable que d’autres devises asiatiques lors d’épisodes de raffermissement du dollar et de détérioration du sentiment de marché. C’est pourquoi ils estiment qu’une hausse du taux directeur avant la prochaine réunion serait un signal fort de soutien à la roupie, susceptible d’améliorer le climat actuel. Certains y croient.

Car si le pessimisme sur l’ensemble des marchés émergents n’a pas épargné les actifs indonésiens, force est de constater que les fondamentaux économiques du pays restent solides et meilleurs qu’en Turquie, qu’au Brésil ou qu’en Afrique du Sud. En théorie, l’Indonésie est mieux armée pour limiter les dégâts. En pratique, le marché aura le dernier mot…

* Mirabaud






 
 

AGEFI




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