Les femmes au travail

mardi, 19.11.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Sur le plan des emplois, la Suisse s’en sort admirablement bien. A 2,3% , le taux de chômage est bien inférieur à celui des Etats-Unis à 3,6%. En outre, parmi 51 pays analysés par l’OCDE, la Suisse est le deuxième pays en ce qui concerne le taux d’emploi, employant 80,5% de la population en âge de travailler, juste derrière l’Islande. Parmi la population masculine, le taux d’emploi s’élève à 84,5%  et les femmes travaillent à hauteur de 76,4%, permettant à la Suisse de conserver cette 2e position dans trois catégories (taux d’emploi total, hommes et femmes). Sur cette base, on serait alors tenté de penser que les femmes suisses travaillent davantage que les femmes suédoises (3e dans le classement du taux d’emploi des femmes, avec un taux à 76%). 

Ce serait pourtant une erreur de jugement importante car on découvre, toujours grâce à l’OCDE, qu’en Suède seul 17,4% des femmes qui travaillent occupent des postes à temps partiel, contre 44,6% en Suisse. Un point où la Suisse occupe encore la 2e position, tandis que la Suède est 33e. Pour insister encore sur ces chiffres en Suède, 82,6% des femmes travaillent à plein temps, à  «des années de lumière» de la Suisse où 55,4% des femmes occupent des postes à temps plein. 

Sur le travail à temps partiel des hommes, à 11,1%, la Suisse se trouve en 13e place - toujours au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE mais bien inférieur au taux de l’Indonésie, le pays qui occupe la première place de l’échantillon, avec un taux à 20,4%. Ce taux des hommes suisses (11,1%) est donc en deçà  du taux des femmes suisses (44,6%) de 33,5 points de pourcentage. En Suède, 10,3% des hommes sont employés à temps partiel,  seulement 7 points de pourcentage de moins que les femmes. Ainsi, au lieu de se féliciter pour le taux d’emploi élevé des femmes sur le marché du travail en Suisse, il faudrait plutôt se demander comment la pays peut aider les femmes à travailler plus. 

Il n’y a aucune honte à mener ce genre d’auto-inspection. Le Japon, par exemple, a pu constater des faits similaires. Le pays affiche un taux de chômage identique à la Suisse. Le taux d’emploi des femmes au Japon s’élève à 71,2%, comparé au 84,4% des hommes et à 77,9% pour la totalité de la population. 38.3% des femmes japonaises sont à temps partiel, et 12,7% des hommes le sont également - une différence de 25,6 points de pourcentage qui est donc bien moindre que celle observée en Suisse. Ceci n’a pas empêché le Japon de vouloir rectifier le tir et d’en faire une priorité de son agenda politique. Une série de réformes depuis 2013 –y compris le développement des services de garde d’enfants et de personnes âgées – a permis à 2 millions de femmes supplémentaires de rejoindre le marché du travail et au taux d’emploi des femmes âgées entre 25 et 54 ans de grimper de plus de 6 points de pourcentage entre 2013 et 2018.  Les progrès faits par la Suisse sur la même période se limite à 2 points de pourcentage. 

Par contre, la Suisse est beaucoup plus ouverte aux migrants que le Japon. La population née à l’étranger s’élève à 25% en Suisse contre seulement 2% au Japon. Economiquement parlant ces deux sources de travailleurs en sus – plus de femmes ou plus de migrants – contribuent à augmenter la croissance potentielle du PIB (produit intérieur brut). Evidemment, il faudrait maximiser les deux et ne s’en refuser aucune. Pour la Suisse, plus de femmes, et pour le Japon, plus de migrants. Les deux pays seraient alors encore plus performants.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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