La liquidité des ETF obligataires

lundi, 29.04.2019

Les Exchange Traded Funds obligataires gagnent en popularité. Intéressons-nous aux raisons de cette engouement à toute épreuve.

Jacques-Etienne Doerr*

Jacques-Etienne Doerr, directeur général, Vanguard Investments Switzerland.

En trois ans, le nombre d’ETF indiciels obligataires cotés en Suisse est passé de 24 à 36 et l’encours a doublé pour s’établir à 18,5 milliards de francs (Morningstar).

Les raisons de cette croissance sont évidentes. Les ETF sont des outils à faible coût et flexibles. En une transaction, les investisseurs peuvent accéder à un portefeuille diversifié. Mais certains investisseurs se méfient encore des ETF obligataires, craignant que leur liquidité s’effondre en cas de poussée de volatilité, ce qui pourrait rendre les transactions risquées. Ces craintes sont infondées.

Les deux couches de liquidité qu’offrent les ETF obligataires les rendent insensibles aux mouvements de leurs sous-jacents, moins liquides. Les parts d’ETF sont créées et rachetées sur le marché primaire, alors qu’elles s’échangent sur le marché secondaire. En Europe, environ 60 % des volumes d’échange ont lieu sur le marché secondaire. Les ETF obligataires permettent donc d’accéder à un large éventail d’obligations avec une fourchette de prix nettement plus étroite que pour un investissement dans les obligations sous-jacentes.

Pour autant, cela ne permet pas de dissiper les craintes, notamment sur la liquidité des ETF obligataires. Qu’adviendrait-il en cas de marché illiquide? Qu’adviendrait-il des actifs des investisseurs si la liquidité venait à tarir? Ce sont des inquiétudes légitimes.

Comprendre les marchés obligataires

L’une des principales différences entre les ETF actions et les ETF obligataires concerne les marchés sur lesquels ils s’échangent.

Les actions s’échangent sur un marché relativement centralisé et liquide. Il est donc facile d’échanger plusieurs actions en une seule transaction.

Ce n’est pas le cas des obligations, notamment des obligations d’entreprise, lesquelles s’échangent par le biais d’un réseau fragmenté de courtiers qui offrent des bassins de liquidité distincts plus ou moins liquides que les investisseurs doivent évaluer.

Le marché obligataire est donc moins transparent que le marché des actions et il est difficile de connaître le vrai prix d’une obligation. Son fonctionnement est aussi plus complexe: il est plus difficile d’échanger tous les titres d’un portefeuille en une seule fois.

Ces nuances alimentent des malentendus. Tordons le cou à deux mythes sur les ETF obligataires.

Mythe 1: Les investisseurs d’ETF obligataires sont confrontés à un manque de liquidité durant les corrections

En réalité, les volumes d’échange des ETF obligataires s’envolent en période de volatilité du marché. En examinant les données sur les volumes d’échange en Bourse, nous observons que le volume de nombre d’ETF obligataires augmente lorsque le marché est volatil.

Les investisseurs qui souhaitent acheter ou vendre un ETF obligataire durant une période de turbulence profitent d’un marché secondaire plus liquide qu’à l’accoutumée. Un investisseur qui souhaiterait accéder à un portefeuille d’obligations devrait donc trouver une contrepartie pour chaque obligation, ce qui serait quasi impossible et hors de prix dans un marché volatil.

Les ETF permettent de centraliser la liquidité sur une plateforme qui permet la rencontre d’intérêts acheteurs et vendeurs. Comme mentionné plus haut, en Europe, plus de 60 % des volumes d’échanges d’ETF obligataires ont lieu sur le marché secondaire. Ce chiffre montre à 83 % aux États-Unis. Cela signifie essentiellement que lorsqu’un ETF change de main, ce n’est pas le cas des obligations sous-jacentes.

Mythe 2: La fourchette de prix des ETF obligataires s’élargit durant les corrections boursières

En réalité, la fourchette de prix des ETF se maintient durant les corrections boursières et reste tout de même plus réduite que lors d’échanges direct d’obligations individuelles. Les investisseurs d’ETF peuvent ainsi échanger des portefeuilles d’obligations sur le marché des actions sans payer les coûts liés à la négociation des obligations sous-jacentes. Cela permet aux investisseurs obligataires de réaliser des économies importantes.

Comme le montre le graphique ci-dessous (données US), même durant les jours les plus volatils, la fourchette de prix pondérée en fonction des volumes d’échange des ETF obligations d’entreprise n’est que de quelques points de base. C’est bien inférieur aux coûts de transaction liés à l’achat ou à la vente d’un portefeuille d’obligations.

La prise de conscience sur le fonctionnement des ETF et sur les dynamiques du marché obligataire alimente l’engouement pour les ETF obligataires. Les investisseurs sont de plus en plus nombreux à utiliser ces outils bon marché et polyvalents pour construire leurs portefeuilles.

* Directeur général, Vanguard Investments Switzerland






 
 

AGEFI



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