Le Trésor américain mise sur la dette à vingt ans!

lundi, 03.02.2020

Les Etats-Unis émettent de la dette à cette maturité pour financer le plus avantageusement possible leur déficit.

Catherine Reichlin*

Catherine Reichlin

Les intérêts du Trésor américain sont-ils alignés avec les besoins des investisseurs? En d’autres termes, comment l’émission d’emprunt à 20 ans sera-t-elle accueillie par le marché?

Le début de l’année a été riche et mouvementé: les banques centrales restent, et devraient rester, très accommodantes, l’inflation continue à jouer à Godot et les espoirs de reprise conjoncturelle, certes existants, sont chancelants.

Un climat qui favorise la persistance de taux d’intérêts bas et amène les investisseurs à reprendre la chasse au rendement à travers le rallongement des durations et/ou la diminution de la qualité de crédit. Les mouvements de janvier montrent que ces deux voies ont été largement empruntées.

Sur la journée du 14 janvier, plus d’un milliard de dollars est entré dans l’ETF Trésor US 20+ ans de BlackRock, un record depuis avril 2019. Simultanément, son ETF Trésor 3-7 ans subissait un retrait de... un milliard de dollars, le montant le plus important depuis 2014. L’aplatissement des courbes de taux par la baisse des rendements longs confirme cette tendance. Sur le crédit, les nouvelles émissions révèlent un janvier hyper actif, et ce dans tous les segments de qualité. 

De manière symptomatique, le marché des emprunts à levier (leverage loans) bouillonne et celui de la dette spéculative européen s’apprête à battre un record. Les craintes liées au coronavirus et ses potentielles conséquences sur la demande, chinoise en particulier, ralentissent la performance du crédit mais stimulent encore davantage la demande pour les échéances longues. 

Le précédent grec est prometteur

Tout le crédit n’est pas à la même enseigne, à l’image de la Grèce qui a récolté près de 19 milliards d’euros d’intérêt pour son nouvel emprunt à 15 ans. Un contexte prometteur pour le TrésorUS et ses futurs emprunts de maturité 20 ans. Après la tentative de se passer d’emprunt à 30 ans en 2001, abandonnée fin 2005, le Trésor continue d’abonder la partie longue de sa courbe.

En 2001, le Trésor, bercé par un confortable surplus budgétaire, était préoccupé par le coût des intérêts à payer sur 30 ans. Quelques années d’administration Bush plus tard, caractérisées par une baisse des recettes fiscales et une hausse des dépenses gouvernementales (surtout militaires), le retour du déficit a amené le Trésor à changer son fusil d’épaule. 

Un trillion de dollars de déficit

Cette année, le déficit du budget fédéral devrait dépasser le trillion de dollars et de nombreux emprunts émis en 2018 arrivent à échéance, forçant le Trésor à gérer un mur de refinancement. Avec ces nouvelles maturités, le Trésor met l’accent sur les avantages pour les contribuables, afin que ceux-ci n’aient pas à colmater le déficit. Il est aussi clair que le Trésor cherche à financer le gouvernement au meilleur taux possible, ce que le Secrétaire au Trésor, a lui-même déclaré. 

Si techniquement l’émission de dette à 20 ans était la plus simple, notamment en raison de l’existence d’un contrat future, les maturités 50 et 100 ans restent étudiées. Souhaitons au Trésor que le jour où il sera prêt les investisseurs le soient aussi.

* Analyste obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




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