La demande pour des protections en verre acrylique s'envole

vendredi, 08.05.2020

Les entreprises spécialisées dans les protections en verre acrylique voient leurs ventes exploser à court terme, mais risquent d'être privées plus tard de revenus substantiels émanant des clients traditionnels.

Les responsables interrogés relativisent cependant la portée de cette flambée, qui pourrait tout aussi bien se résumer à un feu de paille.(Keystone)

La demande pour des protections en verre acrylique s'est envolée avec la crise du coronavirus, d'autant plus avec l'assouplissement des mesures de confinement dès lundi. Les entreprises spécialisées voient leurs ventes exploser à court terme, mais risquent d'être privées plus tard de revenus substantiels émanant des clients traditionnels, notamment de l'industrie.

"Actuellement, il y a une très forte demande en raison des normes édictées par les autorités politiques, qui impliquent une séparation des travailleurs qui sont en contact avec les clients", indique Pierre-Alain Nicati, directeur et propriétaire de Plastiglas à Hauterive.

Les ventes de cette entreprise neuchâteloise ont très fortement augmenté en quelques semaines.

Plastiglas figure parmi les principaux transformateurs suisses qui livrent des produits finis. La clientèle de ces sociétés est principalement composée de clients industriels, mais aussi du secteur de la construction ou encore de la communication (réalisation publicitaire).

En pleine pandémie de Covid-19, l'activité de protection sanitaire - traditionnellement plus modeste - a pris le dessus. "Nous avons des nouveaux clients qui cherchent des protections partout où ils pourraient en trouver", affirme Aurélien Vassort, responsable pour la Suisse romande chez l'argovien Novoglas.

Le déconfinement a renforcé la tendance, avec désormais une demande de la part de tous les commerces ou restaurants qui vont rouvrir leurs portes en début de semaine et souhaitent ériger des parois en Plexiglas ou toute autre marque de verre acrylique (polyméthacrylate de méthyle ou PMMA). Novoglas a constaté une hausse de 20% de son chiffre d'affaires global au cours des dernières semaines.

Les responsables interrogés relativisent cependant la portée de cette flambée, qui pourrait tout aussi bien se résumer à un feu de paille. Novoglas peine d'ailleurs à satisfaire la demande. "Nous sommes confrontés à une pénurie de matière première, qui n'est pas spécifique à la Suisse. On la constate en Allemagne, en Italie ou en Espagne", déplore M. Vassort.

"C'est une catastrophe", renchérit Julien Valceschini, directeur de la société yverdonnoise Formoplast, qui a cependant anticipé et commandé 15 tonnes de verre acrylique et autres matières transparentes, ce qui lui a notamment permis de décrocher un contrat avec un "grand distributeur".

Stocks vidés

Le besoin est tel que Novoglas a dû vider intégralement ses stocks de produits finis, que les clients n'ont pas hésité à acheter afin de les retransformer par la suite. "Nous avons lancé une production lundi (4 avril), tout est parti en cinq heures", souligne le responsable romand.

"C'est un pic momentané, peut-être pas si bon que ça pour nos affaires futures. Il ne faudrait pas qu'il y ait pénurie pour les clients qui nous font vivre le reste du temps, comme la machine-outil", avertit Pierre-Alain Nicati.

Les fournisseurs de PMMA, eux, tirent la langue. La maison Röhm, basée dans la banlieue de Zurich, est à ce point sollicitée - notamment par la presse - qu'elle n'a pas souhaité répondre.

Le concurrent Notz Plastics confirme la pénurie. "Le délai de livraison est désormais de quatre semaines, alors que la matière est habituellement disponible le lendemain", note Alessandro Madoro, directeur des ventes de la société basée à Brügg, près de Bienne, et appartenant au sidérurgiste allemand Thyssenkrupp.

Notz Plastics et Röhm fournissent des plaques de verre acrylique ou des granules à des transformateurs comme Plastiglas ou Novoglas, qui vendent leurs produits transformés au client final.

Aux difficultés d'approvisionnement s'ajoute la chute des entrées de commandes de la part des clients traditionnels. "La demande venant de l'industrie s'est très fortement calmée", souligne Aurélien Vassort. Ce secteur représente 30% du chiffre d'affaires de Novoglas, le reste étant généré par la réalisation publicitaire et la fourniture de stands (salons, événements).

Aucun des transformateurs interrogés ne s'attend d'ailleurs à une année 2020 exceptionnelle, malgré le pic de ventes actuel. "Je ne prévois même pas une augmentation", considère M. Nicati. Le constat est similaire chez fournisseur Notz, qui s'attend à une stagnation des recettes pour autant qu'il y ait une reprise dans l'industrie, la construction et la communication.

Du côté de Formoplast, on se montre plus confiant. "J'ai des offres en suspens en hausse de 15% sur un an", se réjouit Julien Valceschini.(awp)

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