Les effets négatifs du coronavirus sont difficiles à estimer

mercredi, 26.02.2020

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Quel drôle début d'année! Au cours des premières semaines de cet an 2020, les indicateurs économiques se sont envolés, notamment en Asie émergente. Or, ce qui ressemblait il y a quelque temps à une nette reprise de la conjoncture industrielle mondiale s'est vite dégonflé début février, avec la propagation du coronavirus dans la province chinoise du Hubei et les mesures de contrôle drastiques ordonnées par les dirigeants chinois.

Dans une grande partie des provinces chinoises les plus touchées, la production s'est tout simplement arrêtée. La propagation du virus semble avoir été considérablement ralentie par les confinements draconiens et le contrôle systématique de la circulation et des voyages.

Risques de propagation hors de Chine

En même temps cependant, les craintes augmentent qu'un effet domino sur les chaînes mondiales de création de valeur fasse chuter l'activité économique au premier trimestre, et ce dans le monde entier. Après les restrictions et les fermetures rigoureuses du début, le gouvernement chinois semble toujours résolu à ne pas laisser les dégâts économiques s'étendre et à relancer l'activité économique.

En outre, les chiffres officiels des nouvelles contagions ont dernièrement diminué. On peut donc espérer une détente à partir du mois prochain. Reste à se demander comment évoluera la contagion par le virus lorsque de plus en plus d’employés retourneront au travail et que les déplacements des pendulaires reprendront massivement. Le virus se propage également hors de Chine. Jusqu'à présent, la situation semble relativement sous contrôle, mais des risques subsistent bel et bien.

Effets du virus

L'économie helvétique n'est pas à l'abri des répercussions du coronavirus. Tout d’abord, la baisse du nombre de touristes chinois pèse, par exemple, sur les ventes de montres. Ensuite, des chaînes de création de valeur impactant des entreprises suisses sont interrompues. En outre, le rôle de valeur refuge du franc est renforcé, ce qui nuit aux exportateurs suisses. Enfin, l'incertitude accrue déprime le moral des entreprises et les décourage d’investir.

Toutefois, le tourisme en provenance d'Asie est certes de plus en plus important dans ce secteur, mais il n'est pas un facteur de croissance décisif pour l'économie helvétique, surtout en hiver. En outre, la Suisse n'est que faiblement liée à l'industrie chinoise. Aussi, les effets directs de l'interruption des chaînes de création de valeur devraient être modérés. Une nette appréciation du franc suisse, en revanche, peut causer de graves dommages, mais la Banque nationale suisse se tient prête à intervenir.

Menaces pour la Suisse

Le plus grand danger pour l'économie suisse est un nouveau refroidissement du climat des affaires, en particulier sur le Vieux-Continent. L'industrie européenne est en effet déjà dans une situation très fragile. Une nouvelle perturbation marquée suffirait à provoquer un atterrissage brutal. L'économie helvétique serait durement touchée, car elle est très dépendante de ses voisins.

Sur le front des taux de change, il existe un risque que l'EURCHF diminue encore si l'aversion au risque s'accentue en raison de nouvelles négatives liées au coronavirus. Mais cela signifie également que l'EURCHF pourrait remonter tout aussi rapidement dès que les inquiétudes se dissiperont.

Dans l'hypothèse – non prévue – d'une propagation incontrôlée du virus en dehors de la Chine, aiguillonnant l'aversion au risque dans le monde entier, la Recherche d’UBS estime que l'EURCHF pourrait descendre jusqu'à 1,05. Les deux à trois prochaines semaines seront décisives pour déterminer si les prévisions de croissance pour la Suisse doivent être légèrement révisées à la baisse, ou non. Pour l'heure, ce serait prématuré.

* Economiste responsable pour la Suisse romande UBS






 
 

AGEFI



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