Les tensions commerciales prennent de l’ampleur

lundi, 09.07.2018

Les droits de douane actuels ne devraient pas avoir d’effets directs importants sur la conjoncture globale.

Valentin Bissat, Economiste Senior, Mirabaud Asset Management

Valentin Bissat, Economiste Senior, Mirabaud Asset Management.

La guerre commerciale est montée d’un cran durant le mois de juin et les menaces de représailles aux annonces de nouvelles barrières tarifaires augmentent. Les mesures effectivement mises en œuvre jusqu’à maintenant par l’administration américaine ne devraient pas avoir d’effets directs significatifs sur la croissance et l’inflation. Une baisse de confiance du secteur industriel sur la production future est cependant déjà observée dans le monde et pourrait s’accentuer si l’incertitude devait se prolonger. Par ailleurs, les droits de douane imposés par les États-Unis concernent principalement des biens intermédiaires afin de limiter les hausses de prix pour les consommateurs finaux et les effets négatifs sur l’activité. Cette stratégie pourrait cependant mettre les marges des sociétés sous pression et réduire leur compétitivité.

A plus long terme, l’escalade dans la guerre commerciale pourrait toucher près de 250 milliards de dollars d’importations américaines en provenance de Chine, s’élargir au secteur automobile et engendrer des mesures de représailles supplémentaires. Un tel scénario réduirait la croissance américaine de 25 points de base au minimum et augmenterait l’inflation de près de 30 points de base alors qu’elle a déjà atteint l’objectif de deux pour cent fixé par la banque centrale.

Politique monétaire accommodante

En Europe, même si la BCE a annoncé mettre un terme à son programme d’achat d’actifs pour la fin de l’année, la politique monétaire restera accommodante en raison des taux d’intérêt directeurs bas et de la taille élevée du bilan de la banque centrale. Cette évolution des mesures répond aux progrès faits sur les trois critères nécessaires à une normalisation de la politique monétaire; une convergence attendue de l’inflation vers son objectif à moyen terme, une confiance élevée que ce scénario de convergence se produise et, dans une moindre mesure, la soutenabilité de cette tendance en l’absence des mesures extraordinaires de la BCE.

Les marchés actions continuent d’évoluer sans réelle tendance. Même si la croissance économique reste globalement soutenue et les bénéfices sont révisés à la hausse, l’incertitude générée par la guerre commerciale pèse sur les valorisations. L’indice de référence allemand DAX a été particulièrement touché en juin en raison de son exposition au secteur automobile et au commerce mondial.

Au sein de l’allocation sectorielle, il est recommandé de surpondérer les banques régionales américaines. D’un point de vue réglementaire, la situation s’améliore pour les banques de taille moyenne avec l’assouplissement de certaines règles mises en place suite à la crise financière, telles que la règle de Volcker sur le négoce pour compte propre ou encore le seuil des banques dites « systémiques ». D’un point de vue économique, la solidité de la croissance américaine devrait soutenir les secteurs cycliques. La tendance bénéficiaire s’améliore avec des attentes de 28% en 2018 et 10% en 2019 pour le secteur financier américain. A l’opposé, nous avons sous-pondéré le secteur bancaire européen. Malgré une stabilisation récente, la dynamique économique a ralenti ces derniers mois en Europe, les risques politiques se sont accrus, les bénéfices ont été révisés à la baisse et la courbe des taux d’intérêt s’est aplatie suite à la communication accommodante de la BCE.

Jeux en ligne

Au sein de notre allocation thématique, la nouvelle thématique dite « disruptive technology » comprenant les sous-thèmes e-commerce, e-gaming, cybersécurité et robotique constitue une option intéressante. Cet investissement jouera de manière diversifiée la croissance des revenus dans le secteur des jeux en ligne – le plus grand segment du secteur des médias axés sur le divertissement – et notamment du sport électronique; l’expansion du commerce en ligne à travers, en particulier, les téléphones portables; la hausse des dépenses pour la cybersécurité avec la croissance des objets connectés (« internet of things »); l’augmentation de la robotisation et de l’intelligence artificielle.

La courbe des rendements obligataires souverains continue de s’aplatir aux États-Unis. Le différentiel de taux d’intérêt entre les obligations gouvernementales à 10 ans et 2 ans s’établit désormais autour de trente points de base, en diminution de 20 points de base depuis le début de l’année et au plus bas depuis 2007. La Réserve fédérale américaine anticipe un chemin de hausse des taux d’intérêt plus marqué, ce qui met sous pression la partie courte de la courbe des rendements par la hausse des anticipations sur les taux directeurs. De plus, la demande pour des obligations à long terme reste importante et maintient la prime à terme en territoire négatif. Egalement observable durant l’été, la baisse des émissions nettes du Trésor participe à cet aplatissement de la courbe.

Durant le deuxième semestre, la divergence des politiques monétaires entre les États-Unis, l’Europe et le Japon signifie par ailleurs que les rendements attendus après couverture du risque de change en euros et en yens seront négatifs. Ceci devrait réduire la demande étrangère pour les obligations souveraines américaines et favoriser les durations courtes.

Au sein des portefeuilles, les obligations américaines indexées à l’inflation sont toujours recommandées ainsi que les obligations à taux variables ou les obligations du Trésor à trois mois dont le rendement est proche de 2%. En effet, les obligations à plus long terme n’offriraient pas suffisamment de rendement supplémentaire pour un risque de duration beaucoup plus élevé.

En Europe, les obligations souveraines sont sous-pondérées avec une vue négative sur les pays périphériques en particulier. Durant le mois de juin, le crédit et les obligations à haut rendement ont réalisé un rendement négatif en Europe, dû au poids du secteur financier dans l’indice. A l’opposé, les obligations à haut rendement américaines ont bénéficié de la force du secteur de l’énergie.

Euro contre dollar

Le dollar s’est de nouveau apprécié durant le mois de juin. Les dernières réunions des banques centrales américaine et européenne sont venues renforcer le scénario d’un renforcement des différentiels de taux d’intérêt entre les deux régions. D’ici à fin 2019, le différentiel de taux d’intérêt à 3 mois devrait atteindre plus de 3 points de pourcentage, un niveau record depuis 2006. Par ailleurs, la conjoncture actuelle parle de nouveau en faveur de l’économie américaine.

Facteur important de la valorisation d’une devise à moyen terme, le différentiel de balance des comptes courants entre l’Europe et les États-Unis devrait jouer en faveur de l’euro contre le dollar. Cependant, dans l’environnement actuel de guerre commerciale, le surplus européen semble considéré par les investisseurs comme une source de risque plutôt que comme un support à la monnaie unique.

Dans cette période d’appréciation du dollar, les monnaies émergentes souffrent. Sur le premier semestre, elles ont réalisé les plus mauvaises performances. Mais au-delà, les divergences s’accroissent entre pays. Au rang des meilleures performances, le rouble – le pétrole WTI a notamment augmenté de 10% durant le mois –, le won sud-coréen, la roupie indonésienne et les devises asiatiques. En bas de l’échelle, le peso argentin, le réal brésilien, la livre turque et le peso mexicain souffrent des développements politiques internes et du risque commercial.

En Chine, le yuan continue de se déprécier. Ce mouvement est la conséquence d’une politique monétaire plus accommodante de la Banque centrale chinoise – la baisse de 50 points de base du taux de réserve injectera 700 milliards de yuans dans l’économie – suite aux données d’activité décevantes en fin de deuxième trimestre. De plus, la dépréciation du yuan est la réponse des autorités chinoises aux menaces de droits de douane américains. Par rapport à 2015-2016, quand la dépréciation du yuan avait généré des sorties massives de capitaux, la Chine a cependant resserré le contrôle des capitaux pour limiter les flux sortants. Cette tendance ne devrait pas se poursuivre si une solution aux problèmes commerciaux devait être trouvée.






 
 

AGEFI



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