L'Asie-Pacifique regrette Obama et promet de lutter contre le protectionnisme

lundi, 21.11.2016

Les dirigeants de l'Apec ont pris l'engagement de conserver marchés ouverts, de ne pas dévaluer leurs monnaies à des fins compétitives et d'œuvrer activement à la création à long terme d'une zone de libre-échange Asie-Pacifique totalement intégrée.

Barack Obama avait fait de la région Asie-Pacifique, moteur de la timide croissance mondiale, et de la révolution technologique sa grande priorité géostratégique et économique.

Les dirigeants de la zone Asie-Pacifique ont dit adieu avec regret au président américain Barack Obama dimanche à Lima et pris le contrepied de son successeur Donald Trump en promettant de batailler contre le protectionnisme.

"Nous nous engageons à combattre toute forme de protectionnisme", stipule la déclaration finale du sommet annuel de l'Organisation de coopération économique Asie-Pacifique (Apec), en réponse à la croisade antimondialisation promise par le magnat de l'immobilier américain.

Les dirigeants de l'Apec ont pris l'engagement de "conserver (leurs) marchés ouverts", de ne pas dévaluer leurs monnaies "à des fins compétitives" et d'œuvrer activement à la création à long terme d'une zone de libre-échange Asie-Pacifique totalement intégrée.

Le retour au protectionnisme n'aurait selon eux pour effet que de réduire les échanges commerciaux et de "ralentir les progrès dans la récupération de l'économie internationale".

Inquiets face à "l'opposition croissante à la mondialisation" aux États-Unis et en Europe et face à "l'émergence de tendances protectionnistes", ils ont insisté sur la nécessité d'une "plus juste répartition des bénéfices" de la mondialisation entre "toutes les couches des sociétés".

Mais pour l'analyste Jeffrey Halley, analyste chez la société de courtage Forex en ligne Oanda, cette déclaration finale n'est que de la "rhétorique vide". Selon lui, "la plupart des participants ont des définitions très différentes de ce que sont un marché ouvert et le protectionnisme".

Le sommet de l'Apec s'est déroulé dans un climat d'inquiétudes quant aux intentions réelles, encore floues, du futur locataire de la Maison Blanche, qui prendra ses fonctions le 20 janvier.

"Évidemment ça va me manquer d'avoir Barack dans les parages pour cultiver l'extraordinairement profonde et importante relation entre les Etats-Unis et le Canada", a déclaré le Premier ministre canadien Justin Trudeau à l'issue d'une rencontre bilatérale avec son homologue américain, qui effectuait son dernier déplacement à l'étranger comme président.

M. Trudeau s'est néanmoins dit impatient de rencontrer M. Trump après son arrivée à la Maison Blanche.

Risque de tensions


Barack Obama avait fait de la région Asie-Pacifique, moteur de la timide croissance mondiale, et de la révolution technologique sa grande priorité géostratégique et économique.

L'élection de Donald Trump risque de rebattre en profondeur les cartes au sein de l'Apec, qui représente 60% du commerce mondial pour 40% de sa population.

Le bouillant milliardaire américain a en effet conquis l'électorat populaire en promettant un solide tour de vis protectionniste, censé protéger l'industrie américaine et ses emplois de la concurrence à bas coût de pays comme la Chine ou le Mexique. Au risque d'une montée des tensions avec la Chine, deuxième économie mondiale, et d'une dégradation des relations avec des alliés traditionnels comme le Japon.

Lors de son dernier entretien bilatéral avec Barack Obama, le président chinois Xi Jinping avait averti samedi que la relation entre Pékin et Washington affrontait "un moment charnière", tout en se disant prêt à "travailler pour gérer nos différences et faire en sorte que la transition se passe en douceur".

Xi Jinping a affiché l'ambition chinoise d'assumer le leadership unique des négociations de libre-échange dans la région Asie-Pacifique, pour combler l'éventuel vide laissé par la future administration Trump.

"Nous n'allons pas fermer la porte au monde extérieur mais l'ouvrir encore plus largement", avait ainsi lancé le dirigeant chinois.

Obama défend le TPP


Pendant sa campagne, Donald Trump a attaqué avec virulence le Partenariat transpacifique (TPP) signé en 2015 entre 12 pays de la région. Mais cet accord, qui laissait la Chine sur la touche, nécessite pour entrer en vigueur l'approbation désormais fort improbable du Congrès américain, dominé par les républicains.

La Chine s'est engouffrée dans la brèche pour relancer à Lima son initiative alternative de Partenariat économique intégral (RCEP), un projet d'accord de libre-échange entre l'Asean (Association des nations du Sud-Est asiatique), l'Australie, la Chine et l'Inde, notamment... mais sans les États-Unis.

"Nos partenaires ont dit clairement qu'ils voulaient aller de l'avant avec le TPP et ils aimeraient le faire avec les Etats-Unis", a assuré dimanche Barack Obama.

Il a indirectement mis en garde son successeur contre un abandon du TPP qui ouvrirait un boulevard à l'initiative concurrente chinoise, pas forcément plus bénéfique pour les Etats-Unis.

"Nous assistons à des appels du pied en faveur d'accords commerciaux moins ambitieux dans la région avec moins d'exigence, moins de protection pour les travailleurs et l'environnement", a souligné le président américain. - (awp)


 

 
 



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