Destitution: les démocrates américains mènent la charge

dimanche, 06.10.2019

Les démocrates américains ont lancé vendredi une injonction solennelle à la Maison Blanche, la sommant de fournir des documents utiles à leurs investigations.

La volonté du président américain de nuir à Joe Biden au cœur de la mesure de destitution. (Keystone)

Les démocrates du Congrès avancent au pas de charge dans la procédure de destitution du président Donald Trump et ont lancé vendredi une injonction solennelle à la Maison Blanche, la sommant de fournir des documents utiles à leurs investigations.

M. Trump est menacé d'une mise en accusation ("impeachment") pour avoir demandé au président ukrainien Volodymyr Zelensky, lors d'un appel téléphonique le 25 juillet, de l'aider à rassembler des informations compromettantes sur Joe Biden, bien placé pour l'affronter en 2020. Les démocrates le soupçonnent aussi d'avoir mis dans la balance une aide militaire à l'Ukraine, suspendue par la Maison Blanche cet été.

"La Maison Blanche a refusé de collaborer, ou même de répondre, à de multiples demandes de nos commissions de remise volontaire de documents. Après près d'un mois d'obstruction, il semble évident que le président a choisi la voie du défi, de l'entrave et des opérations de dissimulation", selon un communiqué vendredi des chefs démocrates de la Chambre des représentants. La présidence a jusqu'au 18 octobre pour obtempérer.

Les démocrates ont également demandé des documents au vice-président Mike Pence, sans injonction formelle.

Selon CNN citant un assistant de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, qui a écouté l'appel Trump/Zelensky en juillet, n'a pas livré dans le délai imparti les documents réclamés dans une injonction envoyée le 27 septembre.

Vendredi soir, le New York Times a évoqué l'existence d'un deuxième lanceur d'alerte potentiel qui disposerait d'informations plus directes que celles du premier ayant signalé le 12 août l'appel Trump/Zelensky à l'inspecteur général des services de renseignement Michael Atkinson.

M. Atkinson, auditionné vendredi dans l'enquête démocrate, a déjà entendu ce deuxième responsable qui étudierait le dépôt d'une plainte, selon le quotidien.

Et le sénateur républicain Ron Johnson a déclaré au Wall Street Journal avoir su que des émissaires de M. Trump avaient proposé un marché au gouvernement de M. Zelensky liant l'aide militaire à l'Ukraine à une enquête anticorruption sur M. Biden.

Sous pression, M. Trump s'est longuement expliqué depuis les jardins de la Maison Blanche, assurant que sa démarche vis-à-vis de M. Zelensky n'avait aucune visée électorale et avait pour seul but de lutter contre la corruption dans ce pays.

Car la procédure de destitution lancée par les démocrates a apporté de nouvelles révélations.

Des SMS échangés par des diplomates américains, très embarrassants pour M. Trump et rendus publics jeudi par le Congrès, démontrent que l'administration américaine a bien fait pression sur le président ukrainien pour qu'il enquête sur Joe Biden à l'approche de la présidentielle de 2020.

Trump se tourne vers le Sénat

"Je me fiche de la campagne de Biden, mais pas de la corruption", a lancé vendredi M. Trump, reprenant des accusations non étayées contre le fils de l'ancien vice-président américain qui avait siégé à partir de 2014 au conseil d'administration d'une entreprise gazière ukrainienne.

"Je ne pense pas que Biden va gagner", a-t-il taclé. "Biden n'est pas un type très intelligent (...) Il a été sorti d'un tas d'ordures par (Barack) Obama".

M. Biden a rétorqué en le qualifiant de "président le plus corrompu que nous ayons eu dans l'histoire moderne", le jugeant "détraqué" et estimant qu'il "s'est condamné lui-même par ses propres déclarations" après son appel la veille pour que Pékin comme Kiev enquête sur M. Biden.

M. Trump, qui martèle que son échange avec M. Zelensky était tout à fait approprié, a reconnu que la procédure de mise en accusation allait probablement aboutir à la Chambre des représentants: "les démocrates, malheureusement, ils ont les voix, ils peuvent voter (l'"impeachment") très facilement".

Rappelant qu'il était extrêmement populaire au sein de son parti, il a appelé les républicains à faire bloc au Sénat où ils sont majoritaires. C'est là qu'aura lieu un éventuel "procès".

"Je pense que le Sénat pense que c'est une honte et qu'ils estiment que le parti républicain a été très mal traité", a-t-il lancé en guise d'avertissement à ceux qui, parmi les élus de son parti, pourraient être tentés de prendre leurs distances.

Pour l'instant, la plupart des ténors républicains se gardent d'émettre des critiques, mais ils restent largement silencieux et se gardent aussi de voler à son secours.

Mitt Romney, ex-candidat à la présidentielle en 2012 et sénateur de l'Utah, a jugé vendredi "épouvantable" que le président ait appelé des puissances étrangères à enquêter sur M. Biden. (awp)






 
 

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