Les défis du recyclage des batteries de voitures électriques

mardi, 23.04.2019

Vincent Compiègne et David Czupryna *

Vincent Compiègne et David Czupryna.

A l’heure actuelle, il n’existe aucune législation systématique locale, ni initiative globale visant à assurer que les batteries de véhicules électriques ne finissent pas au fond d’une décharge.

Dès lors, le secteur automobile doit relever trois défis:

Standardiser la technologie. Chaque modèle de batterie requiert une approche différente au moment de son recyclage. Or, si l’on sait aujourd’hui récupérer le lithium des batteries, c’est au prix d’un processus de fusion puis d’extraction dont le coût excède souvent la valeur sur le marché des métaux récupérés.

Rendre le recyclage des batteries économiquement viable. Une étude suédoise récente conclut que, d’ici 2030, le recyclage européen des batteries de VE pourrait permettre de récupérer du nickel, du cobalt, de l’aluminium et du lithium pour un montant évalué entre 400 et 550 millions d’euros selon les scénarios.

Un chiffre qui monterait à 2 milliards d’euros en 2040.

Favoriser un cadre législatif et règlementaire positif. La directive européenne 2006/66/EC stipule déjà que les batteries de véhicules électriques Li-Ion doivent être recyclées au moins à 50%, sans préciser cependant quelle partie de la batterie doit être en priorité recyclée. On peut dès lors imaginer que les métaux qu’elles contiennent ayant le plus de valeur et/ou étant les plus faciles à extraire soient recyclés en priorité.

Les capacités industrielles disponibles sont encore loin de pouvoir faire face aux volumes attendus. En Europe, Umicore2 est au cœur des initiatives dans ce domaine, avec une usine de recyclage de batteries Li-ion située à Hoboken en Belgique et capable de traiter l’équivalent d’environ 35.000 batteries. Il existe d’autres acteurs européens: Batrec en Suisse, Euro Dieuze en France ou encore G&P Batteries au Royaume-Uni.

En deçà des besoins

En additionnant ces sociétés, les capacités de traitement restent largement en-deçà de celles nécessaires à l’horizon 2030 pour traiter ne fut-ce que les VE vendus d’ici 2020 en Europe et dont on peut estimer qu’ils arriveront en fin de vie d’ici 2030.

L’année 2018 a vu plusieurs constructeurs auto annoncer des initiatives visant à prendre en charge les batteries en fin de vie. On comprend pourquoi: les premiers chiffres sur la perte de capacité des batteries Li-ion de VE montrent une rétention de 80% de leur capacité initiale après plusieurs centaines de milliers de kilomètres parcourus.

Les différents acteurs du secteur commencent à se mobiliser afin de créer les infrastructures permettant le recyclage des batteries de véhicules 100% électriques. Il s’agit là d’un élément essentiel conditionnant la crédibilité de la voiture individuelle électrique en tant que solution à la transition énergétique. Sans recyclage, ces batteries finiront incinérées ou en décharge, et ce sont des millions de tonnes additionnelles de divers minerais. Appréhender la production et le recyclage des batteries est un enjeu majeur de l’analyse environnementale pour les entreprises du secteur automobile, au même titre que la réduction du poids des véhicules.

Mais si l’environnement constitue un élément extrêmement matériel de l’analyse extra-financière du secteur, il ne peut en constituer le seul point d’évaluation: les piliers S et G ont une importance tout aussi grande dans l’évaluation d’un titre en vue de son intégration dans un portefeuille durable.

* Deputy Global Head of ESG Investments & Research, Candriam et Head of ESG Client Development, Candriam






 
 

AGEFI



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