Contexte favorable pour les crypto-actifs

mercredi, 03.07.2019

Les cryptomonnaies ne sont pas qu’un actif spéculatif mais un carburant de la blockchain. Une vraie classe d’actifs qui émerge sur la base d’infrastructures et d’avancées réglementaires.

Stéphane Ifrah*

Internet a mis plus de quinze ans pour révolutionner irrémédiablement nos économies, nos modèles d’affaires et nos vies de tous les jours. C’était en 1998. Les réseaux sociaux, apparus en 2008, dix ans après, auront mis moins de temps pour s’imposer, massivement et profondément. En 2018, le bitcoin, la première des cryptomonnaies lancée en 2009, aura commencé l’année à son plus haut niveau et fini à son plus bas historique, s’attirant une reconnaissance populaire sans frontières. 

L’émergence des cryptomonnaies s’inscrit dans une riche histoire de technologies disruptives qui ont, ces trois dernières décennies, raccourci le circuit entre producteurs et consommateurs, amélioré la transparence, favorisé l’apparition de modèle décentralisé sur fond de méfiance accrue vis-à-vis des systèmes centraux, monétaires en particulier. Les crises, dont celle de 2008 que tout le monde a en mémoire, ont profondément modifié la confiance dans les monnaies traditionnelles, contrôlées par les banques centrales.

Un sous-jacent pérenne, la blockchain 

Qui dit technologie disruptive ne dit pas nécessairement révolution industrielle, mais il existe assez de preuves, de pistes de développement et de perspectives d’investissement pour étayer une conviction forte: la blockchain continuera de bouleverser les processus opérationnels pour un spectre large d’acteurs économiques, des grands groupes industriels jusqu’aux services financiers et assureurs, et in fine les particuliers, en tant que clients et utilisateurs de services gérés sur la blockchain. Un nouveau standard est en train de s’installer qui permet à des grands groupes de pouvoir améliorer leurs opérations, la transparence et la fiabilité, tout en réduisant leurs coûts et temps de traitement.

Les avantages sont tels que rares, sinon marginaux, sont les groupes qui ne soient pas en train d’étudier comment remplacer un bout de leurs processus opérationnels par une solution hébergée sur la blockchain, qu’elle soit publique ou privée. Les derniers en date, Nestlé et Carrefour, qui ont annoncé un partenariat fondé sur l’utilisation de la blockchain pour améliorer la traçabilité de leurs produits, illustrent un mouvement irrésistible en faveur de l’adoption de blocs de la blockchain. Et ce n’est que le début, tant les applications sont nombreuses. Dès lors que la blockchain est largement adoptée, elle crée une demande naturelle pour les cryptomonnaies, qui permettent de régler les transactions liées à son utilisation ainsi qu’à l’acquisition de nouveaux blocs. 

Le cadre juridique soutient les infrastructures 

Ce cercle vertueux appelle la mise en place d’un environnement réglementaire qui permette aux acteurs, industriels et financiers, de participer à l’écosystème crypto selon des principes claires qui inspirent confiance. L’Europe a ouvert la voie avec des lois, telles la loi Pacte en France, clarifiant notamment le cadre des Initial Coin Offering (ICO), qui est à l’univers des cryptos utilitaires ce qu’est l’IPO aux marchés réglementés «classiques». Autrement dit, il est devenu possible de lever des fonds auprès d’investisseurs en cryptomonnaies, de nombreuses bourses étant apparues (Binance, Bittrex, Okex pour ne citer qu’elles) avec une véritable liquidité sur le marché secondaire. Le développement rapide des infrastructures crée un contexte favorable à la croissance de la communauté crypto, investisseurs notamment.

Un peu comme les critères ESG sont passés du «nice to have» au «must have» dans un portefeuille, l’exposition à des instruments financiers adossés aux cryptomonnaies s’impose à mesure que des stratégies sont mises en œuvre qui offrent un potentiel de performance, de diversification et décorrélation très intéressantes pour les investisseurs. 

Aujourd’hui, la plupart des crypto-actifs présentent des conditions de sécurité et traçabilité de haut standard tout en générant potentiellement, du fait de leur régime de volatilité, des rendements supérieurs aux actifs risqués listés à l’instar des actions. Les marchés cryptos connaissent certes une forte volatilité, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, la volatilité rapportée au risque n’est pas supérieure à celle des marchés traditionnels, comme le montre une comparaison de l’évolution d’un panier adoré à l’indice S&P versus un panier de cryptomonnaie. 

Dans le contexte de rendement très faible sinon négatif des produits obligataires que nous connaissons depuis des années, les investisseurs institutionnels pourraient profiter de ces nouvelles opportunités d’investissement pour diversifier leur portefeuille tout en gagnant de la performance. Rappelons que le Bitcoin, dont le cours s’établissait au 3 juillet 2019 à un peu plus de 11.250 dollars, soit une croissance de près de 210% depuis le début de l’année, a offert un retour sur investissement de 57% sur un an, de 1567,95% sur trois ans et 4320,325% sur cinq ans. 

Même si elle n’est pas exempte de spéculation, comme tout autre actif financier, cette croissance extraordinaire reflète avant tout celle des nombreux projets industriels fondés sur la blockchain. La Suisse offre un écosystème favorable aux crypto-actifs, comme en témoigne le succès des ETP sur cryptomonnaies cotés sur le SIX. Ce n’est pas un hasard si les 27 membres fondateurs de Libra ont choisi Genève pour installer le siège de leur fondation.

*Fondateur et PDG, Napoleon Group






 
 

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