Les cryptoactifs, solution alternative de financement aussi pour les PME

jeudi, 30.04.2020

Les cryptoactifs sont brandis comme l'alternative de financement des PME, notamment dans un soutien à l'économie de proximité.

Jacques Iffland, président de la Capital Markets and Technology Association (CMTA), spécialisée dans les cryptoactifs, indique que la levée de fonds par émission de jetons ("tokens") n'est pas encore à maturité.

La crise du coronavirus pourrait permettre d'ancrer les cryptoactifs comme une alternative de financement pour les petites et moyennes entreprises (PME). Lorsqu'il s'agira de rembourser certains emprunts, la levée de capitaux en jetons numériques constituera l'un de recours, selon les promoteurs de cette technologie. 

Les sociétés mises en difficulté par le Covid-19 peuvent bénéficier actuellement des prêts garantis par la Confédération, ce qui facilite l'accès aux liquidités, du moins temporairement. Pour la suite, lever de l'argent sur les marchés des capitaux pourrait constituer une alternative, mais cette solution est actuellement inaccessible pour des raisons de taille critique. "Une opération inférieure à 100 millions (de francs) ne vaut pas généralement la peine, car les coûts sont trop élevés. Les PME ont souvent besoin de 10 à 20 millions", explique Jacques Iffland, président de la Capital Markets and Technology Association (CMTA), spécialisée dans les cryptoactifs.

Pour les PME, lever des capitaux en émettant des jetons grâce à la technologie des registres partagés (blockchain) constituerait une aubaine, puisque ces transactions passeraient par des intermédiaires moins frileux. A en croire Jacques Iffland, cette solution ouvrirait ces firmes à un marché où la demande sera très forte après la crise. "Il y aura une grande pression des investisseurs pour des placements qui vont au-delà des grands groupes cotés, souvent considérés comme surévalués. Cela pourrait bénéficier à l'économie locale, des petites entreprises de proximité", selon lui. Moins de 250 entreprises suisses sont cotées sur un total d'environ 550.000.

La CMTA travaille actuellement à établir des standards en matière de cryptoactifs destinés au secteur financier helvétique. L'association regroupe des banques comme Vontobel, Swissquote, Lombard Odier ou Union Bancaire Privés (UBP), mais également des fintech (Taurus, Mt Pelerin), un cabinet d'avocat, Lenz & Staehelin, et même un chimiste avec Lonza. Ce jeudi, l’organisation publie le "digital asset custody standard" (Dacs), une liste de bonnes pratiques en matière de conservation de clés numériques, avec lesquelles le détenteur de capitaux peut revendiquer la propriété et accéder à ses cryptoactifs. En 2018, la CMTA avait défriché les terrains juridique et légal autour la conservation de cryptoactifs, avec une première volée de normes.

Pas un instrument de crise

La crise sanitaire et économique actuelle n'incite cependant pas les investisseurs à explorer de nouveaux terrains, un contexte peu propice à l'éclosion des cryptoactifs. Jacques Iffland relativise. "Il ne s'agit pas d'un instrument de crise. Compte tenu de l'urgence, le recours aux marchés des capitaux pour du financement n'est pas souvent une solution praticable dans la situation actuelle."

De toute manière, la levée de fonds par émission de jetons ("tokens") n'est pas encore à maturité. La CMTA doit encore peaufiner ses standards avec une troisième et dernière étape, consacrée au marché secondaire et la transparence. L'objectif consiste notamment à édicter des règles en termes de publication de chiffres, cependant moins contraignantes que celles de la Bourse. "La périodicité serait annuelle", affirme-t-il.

Ces standards devraient être complets en 2021 au plus tard. Le travail pionnier de la CMTA ainsi que la diversité de ses membres constitueront un gage de crédibilité, non seulement pour les sociétés actives dans les cyrptoactifs, mais également les investisseurs, selon Jacques Iffland, par ailleurs avocat chez Lenz & Staehelin.

L'objectif est de décloisonner cet univers encore réservé aux connaisseurs pour l'ouvrir aux instruments traditionnels du marché des capitaux, de façon à le rendre accessible aux investisseurs institutionnels comme les assurances, les banques, voire les caisses de pension. "L'aspect crypto n'est pas un attribut important de l'actif. Ce n'est que l'emballage", rappelle le président de la CMTA. (AWP/ATS)






 
 

AGEFI



...