Octobre noir attendu pour l'emploi dans l'aérien aux Etats-Unis

mercredi, 30.09.2020

Les compagnies aériennes américaines, fragilisées par la crise de la Covid-19, se préparent à licencier des dizaines de milliers de personnes à partir de jeudi. Sauf accord de dernière minute au Congrès sur le plan de soutien à l'économie.

American Airlines pourrait licencier jusqu'à 19.000 personnes à partir de jeudi.

Sauf accord de dernière minute au Congrès américain, les compagnies aériennes fragilisées par la pandémie de coronavirus se préparent à licencier des dizaines de milliers de personnes à partir de jeudi aux Etats-Unis.

Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin s'est voulu optimiste mercredi, en affirmant sur la chaîne CNBC: "J'espère que d'ici demain nous aurons un accord sur une enveloppe globale" et "que si nous y parvenons, les compagnies ajourneront leurs actions".

Mais parmi les plus grandes sociétés de transport aérien, American Airlines et United Airlines maintiennent pour l'instant leurs menaces de congédier en masse des employés.

American Airlines pourrait licencier jusqu'à 19.000 personnes à partir de jeudi. Chez United Airlines, ce serait un peu plus de 13.000.

Les prêts accordés mardi soir par le ministère des Finances à sept compagnies pour un montant total de 25 milliards de dollars (23,1 milliards de francs) ne changent pas la donne, ont assuré à l'AFP des sources proches de ces entreprises.

Cet argent est destiné à les aider à couvrir les dépenses courantes mais n'est pas dédié aux salaires.

American Airlines, Delta, United et Southwest, s'étaient engagées au printemps à ne licencier personne jusqu'au 30 septembre, en échange de subventions valant également 25 milliards de dollars.

Mais de nombreux passagers restent réticents à voler dans un espace confiné, les vols internationaux sont encore soumis à de strictes restrictions et les voyages d'affaires sont en berne.

Le nombre de clients traversant la sécurité dans les aéroports américains est encore en baisse d'environ 60% à 70% par rapport à la même période en 2019, selon les chiffres du gouvernement.

Les compagnies ont déjà beaucoup sabré dans leurs effectifs via des plans de départs volontaires, des départs à la retraite anticipée et des congés sans solde.

Chez Delta, plus de 40.000 salariés ont déjà opté pour l'un de ces programmes. Southwest s'est séparée, de façon temporaire ou permanente, de 27% de ses employés.

Mais cela ne suffit pas.

Le soutien du gouvernement destiné à aider à payer les salaires expire ce mercredi et les discussions entre démocrates et républicains sur un nouveau plan de soutien à l'économie restent pour l'instant dans l'impasse.

Les syndicats, qui comme les patrons du secteur plaident à Washington depuis plusieurs semaines pour une rallonge du programme de subventions, estiment que le secteur pourrait licencier au total plus de 100'000 salariés.

Menaces

Les menaces de licenciements massifs ne vont probablement pas être entièrement mises à exécution, tempère toutefois Peter McNally de la société Third Bridge.

Les compagnies aériennes ont d'une part levé beaucoup d'argent au cours des derniers mois pour faire face à la crise et leur situation financière n'est pas aussi désespérée qu'elle pouvait apparaître au printemps.

Certaines compagnies comme American Airlines ont notamment saisi l'opportunité de piocher dans l'enveloppe de 25 milliards de dollars mise à leur disposition par le gouvernement pour des prêts.

D'autres comme Delta ou Southwest ont préféré ne pas avoir à répondre aux exigences de l'Etat (prise de participation minoritaire, interdiction temporaire de verser des dividendes, limite des rémunérations des dirigeants) et ont emprunté massivement auprès des marchés financiers.

Les compagnies doivent par ailleurs être prêtes à étoffer leurs programmes de vols une fois que le trafic aérien redécollera.

Dans cette optique, les plus petites sociétés comme JetBlue ou Alaska Airlines "sont peut-être moins exposées car elles sont moins dépendantes des vols internationaux et des voyages d'affaires" que United, American ou Delta, remarque M. McNally.

La reprise dépendra en tout cas de la distribution à grande échelle d'un vaccin ou d'un traitement efficace, et du retour à la normale dans les entreprises.

Secteur public décimé

Les sociétés de transport aérien sont loin d'être les seules à être touchées par la pandémie.

Disney a par exemple annoncé mardi la suppression de 28.000 emplois aux Etats-Unis.

Des aides du gouvernement ont permis à des entreprises ou à des particuliers de garder la tête hors de l'eau.

Mais comme celles allouées au secteur aérien, certaines aides arrivent bientôt à expiration, souligne Nancy Vanden Houten de Oxford Economics.

Les fonds dédiés aux allocations chômage versées par le gouvernement fédéral en plus de celles des autorités locales, déjà réduites de 600 dollars par semaine à 300 dollars début août, "devraient s'assécher au courant du mois d'octobre", prévient l'économiste.

Les finances des Etats et des collectivités locales sont aussi touchées de plein fouet par la baisse de l'activité économique.

Le centre de réflexion Economic Policy Institute estime que, sans aide du gouvernement, 5,3 millions de personnes pourraient être licenciées d'ici fin 2021 dans le secteur public. (ats)

 

 






 
 

AGEFI



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