Prudence ou opportunisme, le dilemme des stratégistes romands

lundi, 29.06.2020

Les CIO et les économistes en chef d'une vingtaine d'établissements financiers membres de l'ISAG livrent leurs prévisions dans la gestion des portefeuilles.

Synthèse trimestrielle de l’ISAG*

Prévisions établies sur la base du sondage des membres de l’Investment strategists association of Geneva (ISAG)

Les deux dernières réunions trimestrielles de l’ISAG, rassemblant une bonne poignée de stratégistes des banques de la place de Genève, se sont déroulées dans un contexte macro et financier des plus mouvementés. Les stratégistes se sont pourtant prêtés à l’exercice de prévisions indispensables dans la gestion des portefeuilles. L’incertitude qui règne encore se retrouve dans la marge très large de fluctuations des prévisions sur les différentes régions et leur traduction dans les perspectives des marchés financiers. Deux clans s’opposent notamment sur la stratégie plus prudente basée sur l’approche constructive des fondamentaux économiques et celle plus opportuniste, profitant des liquidités massivement injectées par les banques centrales pour dépister les valeurs délaissées. En résulte néanmoins un sentiment partagé que l’incertitude et le manque de visibilité persisteront au cours de ces mois d’été.

Dans ce contexte pour partie d’entre eux, prudence et sélectivité de l’investissement tant dans les actions que dans les obligations sont cruciales pour récupérer progressivement les valeurs perdues des portefeuilles. Cette approche est compatible avec la normalisation progressive de l’activité économique et le positionnement en faveur des valeurs de croissance solide et de thématiques à long terme dans lesquelles se retrouvent la santé et la technologie. Le contrôle de la volatilité et le biais défensif continuent d’être privilégiés d’autant que la hausse du marché ces dernières semaines s’est réalisée par l’afflux de petits investisseurs non-institutionnels, probablement moins expérimentés et plus volatils dans leur démarche d’investissement.

L’écart des attentes est tout aussi grand sur l’inflation des prix alors que tous s’accordent à repousser la hausse des taux à un horizon lointain. En effet, la politique monétaire se concentre dans les principales banques centrales sur l’objectif de stabilité financière que les injections de liquidité ont permis de garantir notamment sur le marché monétaire et le besoin de liquidité et de trésorerie de l’économie. L’accumulation de nouvelles dettes publiques et privées résultant de cette période critique nécessitera un maintien des taux bas pour limiter les accidents de crédit. C’est de ce contexte dont le deuxième groupe des stratégistes veulent profiter. L’abondance de liquidité doit pouvoir soutenir la reprise des sociétés et des secteurs délaissés à savoir les sociétés value en partie concentrées dans les secteurs des banques et de l’énergie. Ajouter du risque fait partie de leur stratégie, que ce soit à travers le capital ou la dette de ces sociétés de moindre qualité (High Yield) qui offrent des opportunités à saisir, selon eux.

Cet afflux de liquidité alimente également le l’attractivité des investissements alternatifs dont les hedge funds (en particulier la catégorie liée aux évènements exceptionnels), et l’or dont ses fervents défenseurs s’appuient sur les facteurs de taux réels faibles, de décorrélation avec les actions, plus que sur sa valeur refuge ou de qualité de monnaie alternative. Et cette dernière permet d’introduire le sujet des devises, en particulier du dollar, sur lequel peu de convictions se dégagent, notamment dans un environnement de stabilité des taux d’intérêt et d’écart réduit entre les marchés. Liquidité et flux d’investissement favorisent pourtant la dépréciation du dollar, d’autant que les fondamentaux macro-économiques poussent à cet ajustement baissier. Ce mouvement entamé soutiendrait dans ce cas les opportunités dans les marchés émergents, sensibles au billet vert et à l’appréciation des matières premières libellées majoritairement en dollars.

En bref, cette réunion trimestrielle a été l’occasion de discuter des stratégies très divergentes qui s’appliquent au sein des institutions des stratégistes et qui sont reflétées dans le tableau par les objectifs et les positionnements différentiés. Si point commun il doit y avoir, il est dans le constat de l’incertitude persistante qui alimente des sensibilités distinctes.

*Fondée en 2009, l’Investment Strategists Association of Geneva (ISAG) regroupe les CIO et économistes en Chef-fes d’une vingtaine d’établissements financiers basés en Suisse romande et publie chaque trimestre une synthèse de leurs vues d’investissement.

 

 






 
 

AGEFI



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